Trait-d'Union

« UNE TERRE PROMISE » De Barack OBAMA : 5- Après l’euphorie, la dure réalité des compromis

Ça y est, les résultats tombent vers les coups de 20 heures. Barack Obama devient le 44ème président des États Unis d’Amérique à l’âge de 46 ans, en ce mardi 4 novembre 2008.

Sur le bureau du « tout nouveau, tout beau » président s’entassaient des dossiers alarmants sur les dépenses de l’Amérique « va-t-en-guerre ». C’est des milliards qui se perdaient entre l’Irak (avec ses 150 mille soldats déployés) et l’Afghanistan, sans compter les scandales de la torture dans les prisons d’Abou-Ghraieb, etc.

Voilà où en était Obama en ce début de son mandat de président des USA. Les chiffres lui donnent le tournis. Plus de 1000 milliards de dollars dépensés et… 3000 soldats tués et dix fois plus de blessés. Il évoquera les pertes du côté Irakien et Afghan en une seule ligne. Et pourtant ils étaient encore supérieurs à celles des américains. Et la guerre n’était pas gagnée. Même que c’était un flop. Comment redresser tout ça… et avait-il les coudées franches pour prendre des décisions ?

Obama le reconnait et l’écrit dans son livre fleuve. Il demanda à ses collaborateurs d’organiser un plan de retrait des soldats de l’Irak.

« Contrairement à la guerre en Irak, j’avais toujours considéré la campagne d’Afghanistan comme une guerre nécessaire. Bien que les ambitions des talibans aient été confinées aux frontières de l’Afghanistan, leurs chefs demeuraient vaguement affiliés à Al-Qaida, et leur retour au pouvoir pourrait de nouveau faire du pays un tremplin pour fomenter des attentats contre les États-Unis et leurs alliés. » (Page 417).

S’ensuit, dans le même chapitre, des explications quant au choix de maintenir une force militaire en Afghanistan. Obama décortique les tenants et les aboutissants de la présence américaine dans le fief des talibans. Et mea-culpa : « …nous avions envahi l’Irak, que nous avions brisé, contribué à faire éclore une branche encore plus virulente d’Al-Qaida, et été obligés d’improviser une coûteuse campagne de contre-insurrection sur place. En ce qui concernait l’Afghanistan, ces années étaient perdues. »

Il ajoutera à la fin tout une dissertation sur le patriotisme du soldat américain. Et conclura avec : « SI LA GUERRE et le terrorisme m’accaparaient énormément, d’autres questions stratégiques de politique étrangère requéraient mon attention – à commencer par les retombées internationales de la crise financière. Cette question a été le sujet principal de mon premier voyage prolongé à l’étranger, lorsque je me suis rendu à Londres pour le sommet du Groupe des vingt, en avril, avant de poursuivre en Europe, en Turquie et en Irak… »

Pour montrer le rôle positif des USA dans le monde, Obama invoque le plan Marshall et les aides américaines à l’Europe de l’Ouest après la fin de la 2ième guerre mondiale. Sans oublier de citer l’OTAN, le FMI, le GATT et l’OMS. Dans la foulée de cette euphorie, il laissera passer quelques amères vérités : « Il arrivait que nous tordions un peu le bras aux institutions internationales pour servir les impératifs de la guerre froide ou que nous les ignorions totalement ; nous nous mêlions des affaires d’autres pays, avec des résultats parfois catastrophiques ; nos actes ont souvent été en contradiction avec les idéaux de démocratie et d’autodétermination dont nous nous revendiquions. »

In vino veritas. Dans l’ivresse de la plume, la vérité. Et Obama s’oublie dans sa diatribe de la narration jusqu’à la « mea culpa ». Il dit, tout haut, ce que tous les peuples opprimés le savent depuis belle lurette.

Il arrive, en page 434, à la chute du bloc Est. Essaye d’expliquer comment cela était arrivé et comment les Etats Unis avaient joué le grand rôle. Il est à signaler qu’avec Obama, l’Amérique n’était pas sortie de sa nature…

Le chapitre 14

Obama commence par décortiquer la personnalité des présidents qu’ils avaient rencontrés. Nous prenons comme exemple deux de ces présidents. Merkel l’Allemande et le français Sarkozy.  Voilà, ce qu’il dit d’eux : « Merkel avait de grands yeux bleu clair, dans lesquels on pouvait lire tour à tour de la frustration, de l’amusement, ou un soupçon de tristesse. Par ailleurs, son apparence impassible reflétait sa sensibilité pragmatique et analytique. Elle était réputée pour sa méfiance vis-à-vis des emportements émotifs et des propos hyperboliques, et son équipe avouerait par la suite qu’elle avait été initialement sceptique à mon sujet, en raison justement de mes talents oratoires. Je ne m’en suis pas formalisé, estimant qu’un dirigeant allemand avait toutes les raisons d’éprouver une légère méfiance à l’égard des tribuns. Sarkozy, en revanche, était tout en emportements émotifs et en propos hyperboliques. Avec sa peau mate, ses traits expressifs, vaguement méditerranéens (son père était hongrois, son grand-père maternel juif grec), et de petite taille (il mesurait à peu près 1,66 mètre, mais portait des talonnettes pour se grandir), on aurait dit un personnage sorti d’un tableau de Toulouse-Lautrec. Bien qu’issu d’une famille aisée, il reconnaissait volontiers que ses ambitions étaient en partie alimentées par le sentiment d’avoir été toute sa vie un étranger. »

Après les alliés européens, Obama donne son avis sur les pays dit (BRICS) : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. Et il ne va pas de main morte en ce qui concerne la Russie : « Le président Dmitri Medvedev, en revanche, semblait l’incarnation de la Russie nouvelle : jeune, svelte, vêtu de costumes européens chics taillés sur mesure. Seulement, il ne détenait pas réellement le pouvoir en Russie. La place était occupée par son chef, Vladimir Poutine : cet ancien officier du KGB, président pour deux mandats et désormais Premier ministre du pays, avait pris la tête de ce qui ressemblait autant à un syndicat du crime qu’à un gouvernement traditionnel – un syndicat dont les tentacules s’enroulaient autour de chaque aspect de l’économie du pays. »

Par contre, il encensera la Chine de Deng Xiaoping. Il énumérera, à la fin du chapitre, ses rencontres et ses visites avec et dans différents pays.

Chapitre 15

Ce chapitre commence par l’évocation du kidnapping du capitaine du bateau,  au large de la Somalie. Il racontera comment les soldats de la US Navy arriveront à délivré le capitaine des mains des somaliens que tous les américains applaudiront comme un exploit à mettre sur le compte d’Obama car il avait suivi l’opération et donné l’ordre de tirer sur les terroristes. Et même que le Washington Post avait écrit en Une « que c’était UNE PREMIÈRE VICTOIRE MILITAIRE POUR OBAMA. » (Page 460).

En page 466, il arrive au fameux discours du Caire. Le discours parlait de l’approche Américaine sur l’Islam et les musulmans. Le voyage au Moyen-Orient débute par l’Arabie-Saoudite.  Et voilà l’avis d’Obama sur ce pays : « NOUS ÉTIONS ENCORE en train de travailler sur le discours lorsque nous avons atterri à Riyad, en Arabie Saoudite, où je devais rencontrer le roi Abdallah ben Abdelaziz Al-Saoud, gardien des deux mosquées sacrées (de La Mecque et de Médine), le dirigeant le plus puissant du monde arabe. Je n’avais encore jamais mis les pieds dans le royaume, et la première chose que j’ai remarquée, à l’aéroport, lors de la somptueuse cérémonie d’accueil, a été l’absence totale de femmes et d’enfants sur le tarmac ou dans les terminaux – il n’y avait que des rangées d’hommes à moustache noire en uniforme militaire, ou bien parés des vêtements traditionnels, le thawb, une longue tunique, et la ghutra, un foulard couvre-chef. Je m’y attendais, bien sûr ; les choses étaient ainsi dans le Golfe. » Il ajoutera un cours d’histoire sur la création du royaume Wahabite. Puis finira dans la politique Saoudienne et ses relations avec les Etats Unis. Sans oublier, au passage, évoquer l’extravagance Saoudienne dans leur façon de recevoir leurs hôtes. En voilà un bout de ce faste : « La conversation s’est détendue au banquet de midi que le roi avait organisé en l’honneur de notre délégation. C’était un véritable festin, tout droit sorti d’un conte de fées, une table de plus de 15 mètres de long chargée d’agneaux rôtis, de monticules de riz au safran et de toutes sortes de mets délicats, traditionnels et occidentaux. Parmi la soixantaine de personnes assistant au repas, Alyssa Mastromonaco, ma directrice de l’agenda, et Valerie Jarrett, ma conseillère principale, étaient deux des trois seules femmes présentes. Alyssa avait l’air contente de discuter avec les représentants saoudiens assis près d’elle, même si elle paraissait avoir du mal à empêcher le foulard qu’elle avait sur la tête de tomber dans son bol de soupe. Le roi a demandé des nouvelles de ma famille et je lui ai dit que Michelle et les filles s’adaptaient à leur nouvelle vie à la Maison-Blanche. Il m’a expliqué qu’il avait lui-même douze femmes – le nombre était semblait-il, en réalité, plus proche de trente – ainsi qu’une quarantaine d’enfants, et des douzaines de petits-enfants et d’arrière-petits-enfants. « J’espère que ça ne vous ennuie pas que je vous pose la question, Votre Majesté, mais comment faites-vous avec douze épouses ? – J’ai bien du mal, a-t-il dit en secouant la tête d’un air las. Il y en a toujours une qui est jalouse de l’autre. C’est encore plus compliqué que la politique au Moyen-Orient. »

Mais le plus « hors du commun » reste le cadeau que recevra Obama. Laissons-le en divulguer le contenu : « Plus tard, Ben et Denis sont venus à la villa où je logeais pour que nous discutions des dernières modifications à apporter au discours du Caire. Au moment de nous mettre au travail, nous avons avisé une imposante mallette sur le manteau de la cheminée. J’ai défait les attaches et relevé la partie supérieure. D’un côté, il y avait une grande scène de désert sur un socle de marbre où se trouvaient des figurines miniatures en or, ainsi qu’une horloge en verre fonctionnant grâce aux changements de température. De l’autre côté, disposé dans un écrin de velours, un collier, long comme la moitié d’une chaîne de vélo, incrusté de rubis et de diamants, qui valait sans doute des centaines de milliers de dollars – avec une bague et des boucles d’oreilles assorties. J’ai relevé la tête et regardé Ben et Denis. « Un petit cadeau pour vot’ dame », a dit Denis. Il a expliqué que d’autres membres de la délégation avaient trouvé des mallettes avec des montres de luxe qui les attendaient dans leur chambre. « Apparemment, personne n’a parlé aux Saoudiens de notre interdiction d’accepter les cadeaux ».

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