Trait-d'Union

« UNE TERRE PROMISE » De Barack OBAMA : 3- Après le défi, l’audace et le charisme

Pour gagner une élection, il faut mettre les moyens. Et Obama et son staff y ont mis le paquet. Ils recrutèrent 200 jeunes et moins jeunes pour organiser ça. Mais comme je l’avais précisé plus haut, Obama devait contourner les primaires avec Hillary Clinton comme véritable rivale, et qui fut première dame américaine pendant les 8 ans de gouvernance de son mari. Et ce n’était pas facile pour Obama. Mais encore une fois, son charisme et sa spontanéité lui ouvrirent le chemin du grand destin…

Et c’est grâce à un discours écrit par un jeune étudiant qu’Obama eut la suprématie sur Clinton. Voilà le résumé de ce discours : « Jamais le parti démocrate n’a été aussi fort que lorsque ses dirigeants agissaient, non pas en fonction des sondages, mais de leurs principes, non par calcul, mais par conviction… »

Telle était la clef de sésame. « Rétrospectivement, c’est à compter de cette soirée que j’ai acquis la conviction que nous allions remporter l’Iowa, et par extension, la nomination » (page 144).

On y lira aussi à travers toutes les péripéties de la candidature beaucoup de narrations et de mises au point concernant ses adversaires, ses collaborateurs et partisans ou sa famille, surtout sa femme Michelle. On y lira, de temps à autres, des anecdotes pleines d’humour. Il citera dans plusieurs pages Hillary Clinton qui, d’un côté, lui barrait la route dans les primaires, et d’un autre côté, il appréciait son enthousiasme politique. Il évoquera son mari Bill Clinton avec beaucoup de respect.

Le 26 janvier 2008, Obama gagne la bataille des primaires et triomphe sur Hillary Clinton. « Ce qui m’a frappé par ailleurs, c’est le rôle de plus en plus important que jouait la technologie dans nos victoires. L’extraordinaire jeunesse de mon équipe nous avait permis de reprendre à notre compte et de perfectionner les réseaux numériques… » Il y a lieu de remarquer l’utilisation des deux vecteurs clés de la réussite : la jeunesse et la technologie numérique. Voilà des éléments dont doivent s’imprégner les politiciens chez nous.

Mais malgré cette option, Obama et son staff eurent d’énormes difficultés dans les primaires face à la redoutable « first lady » Clinton. Et à plusieurs fois, Hillary le devançait dans les sondages. Obama décortique dans son ouvrage cette campagne presque au jour près et mot par mot. Ce qui fait allonger ces quelques chapitres à plusieurs pages.

« Au début de l’été 2008, la première mission de notre campagne était de rassembler le parti démocrate. Les primaires, longues et féroces, avaient laissé des rancœurs entre le staff de Hillary et le mien, et certains de ses plus ardents supporters menaçaient de retirer leur soutien si je ne la désignais pas comme colistière. » (Page 209).

Obama devait donc (même après avoir passé le cap des primaires et s’être vu désigné comme candidat du parti démocrate) « se débarrasser » de la femme de l’ancien président Clinton. Et voici son argument pour avoir refusé de la désigner comme candidate à la vice-présidence : « Même si je finirais par décider de la choisir comme colistière posait trop de problèmes (sans parler de la perspective étrange de voir un ancien président rôder, désœuvré, dans les couloirs de l’aile ouest de la Maison Blanche), je songeais déjà à un rôle différent pour elle dans l’administration Obama. »

Dans le début du huitième chapitre, Obama brosse un portrait de son rival le républicain John McCain. Il le décrit comme étant une personne sociable et presque un peu « démocrate » par rapport aux traditionnels républicains, d’ailleurs qui le désignent par le pseudo « Republican in Name Only ou (RINO) ». Mais Obama le désigna sous le vocable de héros américain, vu son passé de soldats et de prisonnier de guerre. Mais malgré ce respect, Obama croyait en ses capacités de le battre aux élections de novembre 2008. « Je n’étais pas sûr de pouvoir battre le John McCain de 2000. Mais je commençais à croire en mes chances de battre le John McCain de 2008 », avait-il écrit dans ce début de chapitre. Mais se voulant plus rationnel, il ajouta : « Ce qui ne voulait pas dire pour autant que ce serait une promenade de santé. Face à un héros américain, l’élection ne se jouerait pas uniquement sur des sujets politiques. »

Dans la foulée des préparatifs à l’élection présidentielle, Obama effectue un voyage au Moyen Orient. Il visita l’Afghanistan et l’Irak où se trouvaient les soldats américains. Il reconnut toutefois que les américains n’avaient pas trouvé d’arme nucléaire ni de destruction massive en Irak. Et conclut même que la présence américaine en Irak avait renforcé la position stratégique de l’Iran dans la région sous le regard douteux des pays du golfe. « Les conversations que j’ai eues avec plusieurs diplomates et généraux hauts gradés révélaient clairement que l’intérêt de la Maison Blanche dans le maintien d’une présence militaire conséquente en Irak ne relevait pas d’une simple volonté d’assurer la stabilité et de réduire les violences dans le pays. Il s’agissait aussi d’empêcher l’Iran de tirer profit du chaos que nous avons provoqué. » (Page 217).

Il fera aussi un voyage en Europe et le finira en Palestine (il ne citera pas, bien-sûr son nom et préférera Israël). Certes, il visitera Ramallah, mais bien après s’être incliné devant le mur des lamentations à Jérusalem. Il aura plus de compassion pour les israéliens de l’autre côté du mur quand ils évoqueront, soi-disant, les obus tirés de Gaza. Pour les palestiniens, il ne citera que les humiliations des checkpoints, comme s’il n’y avait pas une armée d’occupation et des bombardements à longueur d’année. Et c’est à partir de ce voyage que la presse américaine avait estimé qu’il avait atteint la crédibilité présidentielle. Et Obama vit s’ouvrir devant lui les portes de la Maison Blanche avant l’heure des élections.

Après plusieurs réflexions et cogitations, Obama choisit pour colistier (vice-président) le sénateur Joe Biden, de 20 ans plus âgé que lui. Ce dernier hésita en premier, puis posa sa condition avant d’accepter. « Si tu me choisis, avait dit Joe, je veux avoir les moyens de te donner un avis éclairé et de te conseiller en toute franchise. » (Page 226). Le choix de Biden fut au détriment de l’ami d’Obama Tim Kaine. Obama gratifie le lecteur d’un bout de la vie de Joe Biden, qui a avait été très dure et moins complaisante pour lui.  

Il restait, après tout ce cheminement, à Obama de réussir l’examen de la convention des démocrates. Car il devait avoir l’aval de ses paires du parti démocrates. Et pour cela, la tradition était d’organiser une grande réunion où le candidat viendrait prononcer un discours et démontrer ses capacités. « En général, cela s’est vérifié tout au long de l’histoire, un candidat à la présidence voit sa cote faire un joli « bon » après une convention réussie. De l’avis unanime, la nôtre avait été un quasi-sans-faute. D’après nos spécialistes des sondages, au lendemain des quatre soirées à Denver, j’avais creusé mon avance sur John McCain d’au moins cinq points. »

Dans l’autre camp des républicains, pour contrecarrer les démocrates et faire le buzz, McCain choisit comme colistière une femme (Sarah Palin) pas très connue dans le monde politique. Il s’agit de la gouverneure de la lointaine et froide Alaska. Une femme sans peur et sans reproche. Obama devait s’investir au plus vite pour atténuer cette montée des républicains.  

Puis arriva l’heure de vérité que tous les candidats à la présidence redoutaient : le face à face des deux candidats sur le plateau d’une chaîne de télé. « Avant mon premier débat avec John McCain, fin septembre 2008, j’ai suivi mon petit rituel à la lettre. J’ai mangé mon steak, écouté ma musique, senti mes porte-bonheurs peser au fond de ma poche au moment d’entrer en scène. »

Obama eut une supériorité sur son adversaire qui, apparemment, ne maîtrisait pas bien la chose économique. « Les réactions à chauds recueillies auprès d’électeurs indécis à la fin de la soirée me donnaient gagnant avec une belle longueur d’avance. » (Page 263).   

Mais la machine électorale des républicains ne voulait rien lâcher. On chercha à tout prix à salir la réputation d’Obama jusqu’à le qualifier, tantôt de « musulman », tantôt de « communiste » et à cet effet il fallait stopper sa fulgurante ascension.

Douze jours avant les élections, Obama est appelé en urgence à Honolulu, là-bas à Hawaï, pour voir une dernière fois sa grand-mère mourante. Elle ne meurt la veille des élections.

« Quand vous êtes dans la peau du candidat, le jour de l’élection est un jour étonnamment calme. Plus de meetings, plus de débats publics. Les spots télé et radio n’ont plus aucune importance ; les chaînes d’information n’ont plus rien de consistant à se mettre sous la dent. Les Q G des campagnes se vident, tous les membres du staff et des bénévoles sortent dans la rue pour motiver les électeurs à se rendre dans les bureaux de vote. D’un bout à l’autre du pays, des millions d’inconnus se glissent derrière un rideau noir pour exprimer leur choix politique, laisser parler leur instinct profond et, ainsi, par une mystérieuse alchimie collective, déterminer le destin du pays – et le vôtre. Vous prenez conscience de quelque chose d’aussi profond qu’évident : tout cela ne vous appartient plus. Il ne vous reste en somme qu’une seule chose à faire : attendre… » (Page 273).

Après avoir voté et vadrouillé un peu et même joué avec quelques éléments de son staff dans un match de basket, Obama rejoint son bureau chez lui à Chicago, s’enferme et commença à relire ses deux discours qu’il avait préparés. L’un pour la victoire et le deuxième pour la défaite. À la fin de la journée, il constata que le nombre des agents et voitures du Secret Service avaient doublé. Là, tout semblait dire que la route vers la Maison Blanche était bien rectiligne…

Chronique de Rachid EZZIANE, parue in Le Chélif N° 369

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