Trait-d'Union Magazine

Une image, un portrait d’une autre société

Le cinéma est un médium artistique qui a gagné sa légitimité en tant qu’art pendant les années 40 et 50. Avec des théoriciens comme le français André Bazin, avec des articles comme Caméra-Stylo ou avec des artistes comme les réalisateurs de néo-réalisme italien pour le cinéma. Il est à rappeler qu’avant cette légitimation, le cinéma était considéré comme un moyen de divertissement. Chose qui explique pourquoi dans certaines bibliothèques, les livres sur le cinéma sont classés dans la même catégorie avec les livres sur les cirques.

Au cours de l’histoire et avec la production des plusieurs films comme Rome, ville ouverte, de Roberto Rossellini réalisé en 1945, « le cinéma est devenu un témoin de l’histoire et un fait socia l », dixit Jean-Pierre Esquenazi.

Dans les années qui suivent, plusieurs autres réalisateurs et réalisatrices ont parlé de leurs sociétés, de leurs pays et de leurs histoires dans leurs films. Prenons l’exemple de deux réalisateurs tunisiens Omar KHLIFI et Salma BACCAR. Omar KHLIFI est le premier tunisien qui raconte l’histoire de la Tunisie, d’un point de vue d’un historien tunisien, et ce, dans ses trois premiers films, à savoir : l’Aube, 1966, les Rebelles, 1968 et les Fellagas, 1970. Quant à Salma BACCAR, elle a été connue grâce à son documentaire FATMA 75, donnant ainsi, sa propre version de l’histoire du féminisme tunisien.

Ces films ont été une sorte de prise de parole pour dire que : « Oui, peut-être qu’une autre version de l’histoire existe ».  Parce que oui, on n’a pas une seule version de l’histoire mais bien des versions. Ces dernières années, l’histoire du cinéma a vu l’émergence de nombreux films qui montrent une autre version de la société, qui parlent d’une autre société que les sociétés bourgeoises dont le système capitaliste essaient de cacher. Le cinéma vient alors les mettre devant nous sur des écrans géants. Ces films peuvent parfois prendre une forme autobiographique, tel que le film franco-iranien Persepolis.

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Pour ceux qui ne le connaissent pas, Persepolis, est un film d’animation réalisé en 2007 par Vincent PARONNAUD et Marjane SATRAPI. Ce film raconte la vie de sa réalisatrice et l’auteure de la bande dessinée qui porte le même nom, Marjane SATRAPI. A travers son film et son autobiographie, la réalisatrice a parlé de l’impact de la révolution iranienne sur une partie de la société. Des rêves dans lesquels, une certaine partie du peuple iranien a vécus pendant une période après la révolution et avant l’arrivée au pouvoir de l’Ayatollah Khomeini. SATRAPI n’a pas transmis sur l’écran l’histoire de tout un peuple, mais elle a transmis sa propre histoire, son propre vécu et les différentes courbes qu’elle a traversées dans sa vie après la révolution. Son film est un portrait-témoin de sa vie pendant son adolescence lors de la révolution.

Le fait d’être d’une famille marxiste pendant tous ces changements politiques ; changent beaucoup de données et mais aussi impacte le destin.

Peut-être que pour SATRAPI, tous ces changements étaient un peu trop pour une adolescente ce qui explique l’instabilité qu’elle a connu dans sa vie après.

Dans son film, elle raconte également comment sa famille a choisi de l’envoyer étudier en dehors de l’Iran, craignant pour elle et pour son avenir, avec tout ce qui se passait sur la scène politico-sociale en Iran de l’époque. À première vue, on peut dire que le film n’est qu’une représentation de la vie d’une fille iranienne. Mais en fait, c’est aussi une représentation d’une deuxième version des événements et leurs impacts qui peut contredire les histoires officielles des personnes qui ont pris le pouvoir.

Dans ce même contexte, on trouve aussi l’artiste palestino-syrienne, Samara SALLAM. Samara a vécu en tant que réfugiée tout au long de sa vie. Elle était une réfugiée palestinienne en Syrie, par la suite, une réfugiée palestino-syrienne en Algérie et actuellement elle vit et travaille au Danemark. Tous ces évènements ont marqué et influencé son travail artistique. En 2017, son deuxième court métrage, Seven Cities, One Labyrinth , est sorti.  Le film est la projection de trois images sur le même écran. Sur chaque image, on voit des plans filmés par l’artiste dans sa vie quotidienne. Les plans sont filmés entre sept villes, trois pays : La Syrie, L’Algérie et Le Danemark et donc trois continents : L’Asie, L’Afrique et L’Europe.

Le film est accompagné d’un bref texte écrit par l’artiste. Elle dit : « Quand je pense aux endroits qui vivent en moi, je compte sept villes de trois continents différents, ce n’est pas que je puisse minimiser trois continents dans des villes spécifiques, mais ce que je veux dire c’est les énormes différences entre la Syrie, l’Algérie et le Danemark, qui en même temps se ressemblent beaucoup ».  Ces trois continents sont a priori complètement différents, ou c’est ce que le système capitaliste a essayé de montrer. La jeune artiste est venue avec son film de 5 minutes pour dire que finalement, non, on est un peu pareil dans notre différence !

Elle a donc exposé les trois continents sur une seule image. Quand on regarde le film, on ne peut pas savoir facilement si on est en train de voir l’Afrique, l’Asie ou l’Europe. Les notions, comme ce qu’on appelle les pays sous-développés et les pays développés, ont été toujours présentes dans les différents discours des Blancs pour affirmer leurs supériorités par rapport aux autres pays. Comme l’a déjà dit Edward Said, dans son œuvre, L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident : « L’Occident a toujours besoin de l’Orient pour proclamer sa posture de civilisation et de culture ». Contrairement à ces discours orientalistes, SALLAM a pris la parole pour annoncer qu’on est les mêmes d’une manière ou d’une autre, mais également, pour dire que la notion de l’Autre n’existe pas, parce que l’Autre est peut-être moi !

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