Trait-d'Union Magazine

Raconteuses des histoires passées et présentes : Nathacha Appanah

La littérature mauricienne est enrichie par la contribution de plusieurs femmes écrivains comme Marie Thèrese Humbert, Ananda Devi et Shenaz Patel. L’une des voix qui se fait entendre le plus fort depuis 2003 est celle de Nathacha Appanah.

Nathacha Appanah est une écrivaine mauricienne d’origine indienne, actuellement vivant en France et la plume derrière sept romans, un livre de récits, un livre d’essais et plusieurs articles.

Les prix qu’elle a reçus pour ses œuvres témoignent à son parcours littéraire et son énorme contribution à la littérature mauricienne.  Commençant au début avec Les Rochers de Poudre d’Or, son premier roman sur les travailleurs engagés indiens qui a reçu le Prix du livre RFO et Le Prix Rosine Perrier. Nathacha Appanah, venant d’une famille « d’engagés indiens… les Pathareddy-Appanah » a puisé dans sa propre histoire personnelle pour ce roman. Dans un entretien avec Alison Rice, elle dit, « j’ai écrit une histoire que je voulais raconter, peut-être avec laquelle j’étais plus à l’aise, donc c’était plus facile pour moi. » En s’inspirant de ce qu’elle a déjà vu et vécu, elle met en lumière, une partie intégrale de l’histoire mauricienne, celle de l’engagisme.

L’Inde a fourni 4,51,800 travailleurs engagés à l’île Maurice pendant 1830 à 1917. En mettant ensemble un group hétérogène de personnages indiens, venant des différents milieux géographiques et diverses couches sociales, elle nous montre les événements qui les ont poussés à quitter l’Inde, entreprendre ce voyage maudit et leur avenir à Maurice du 19ème siècle.  Puis, elle a écrit Le dernier frère en 2007. À travers son récit touchant d’une amitié entre un jeune garçon juif David et Raj, un indo-mauricien elle explore l’internement de 1500 Juifs, qui étaient déportés à l’île Maurice.  Ces juifs emprisonnés sur l’île pour presque cinq ans ne faisaient pas partie de l’Histoire officielle de l’île, un fait qui a choqué et bouleversé Appanah. Dans un entretien avec Elisabeth Sulis Kim de New Orleans Review, elle raconte, « J’étais ému par le cimetière à Maurice que j’ai découvert dans ma vingtaine – j’avais toujours pensé que je suis né et que j’étais élevée dans un pays qui n’avait rien à faire avec le Nazisme ». En écrivant ce récit, Nathacha Appanah a volontairement brisé le silence qui entourait ce sujet. Ainsi on peut constater que ce n’est pas par hasard qu’elle a gagné trois prix prestigieux pour ce roman.

Appanah ne se limite pas aux histoires du passés, elle traite également l’actualité de l’île Maurice et des mauriciens. Son deuxième roman Blue Bay Palace peut être lu comme une continuation de son premier, en montrant aux lecteurs la disparité qui existe dans l’île actuellement. Elle souligne les écarts géographiques entre les bidonvilles et les hôtels de luxe, les écarts sociales entre les gens de hautes castes et de basses castes. Dans le roman En attendant demain, Nathacha Appanah explore l’expérience de ceux qui vivent aux marges de la France. À travers le personnage principal d’Anita, une indo-mauricienne avec un fort accent, elle traite les clichés auxquelles font face des mauriciens à Paris. Dans l’entretien avec Elisabeth Sulis Kim mentionné au-dessus Nathacha Appanah donne quelques exemples, « Les gens me complimente sur mon usage de la langue française, quand on me pose la question régulièrement en hiver, si le temps tropical me manque…». Ces clichés dans les formes de questions anodines révèlent des idées préconçues que les Français ont et maintiennent. Tropique de la violence, son dernier roman est né pendant son séjour à Mayotte, quand elle a vu de nombreux enfants dans les rues de sorte que « Mayotte pouvait faire l’effet d’une île aux enfants,» Ces enfants laissés par leurs parents déportés, inquiétait Appanah qui se posait la question, « …ce que ces petits allaient devenir plus tard? Que faire s’il n’y a plus personne pour les nourrir ? Comment les protéger ? Que deviendront-ils à l’adolescence ? » dont la réponse a pris la forme de ce roman. Un coup d’œil sur cet article suffit de constater que Nathacha Appanah non seulement met en lumière l’Histoire de l’île Maurice mais aussi les Histoires qui sont en cours dans l’Océan Indien, ainsi créant une archive littéraire pour le lecteur francophone.

Par Anusha Judith Reginald D’Souza

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Directeur de la publication de Trait-d’Union magazine. Membre fondateur, Ex-président et actuel SG du CLEF Club Littéraire de l’Étudiant Francophone de l’université de Chlef. Journaliste et chroniqueur à L’hebdomadaire LE CHÉLIF. Membre du jury étudiant du Prix Goncourt choix de l'Algérie 1ère édition. Enseignant vacataire au département de français UHBC.

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