Trait-d'Union

Que peut la littérature sans la vie, sa seule source d’inspiration ?

La vie est la source de la littérature et la littérature doit être fidèle à la vie

A moins d’avoir un autre monde, celui de la fiction, par exemple, il n’y a pas d’autre domaine de recherche pour l’homme d’écriture que la vie des êtres humains, animaux et végétaux.Toute œuvre romanesque qui se veut de qualité doit être totalement inspirée de la vie humaine, celle de ses concitoyens ou de toute l’humanité, son contenu reflète la vie réelle dans tout ce qu’elle a de profond et de visible ; il s’agit des actes humains accomplis chaque jour et qui entrent dans la vie quotidienne et cela peut aller de l’acte le plus banal à l’acte héroïque admirable. Mais la personne humaine est bien plus complexe qu’on ne le pense sa partie la plus abstraite qui est son intériorité comme les sentiments, les désirs, les souhaits et c’est là que les romanciers trouvent leur matière à mettre en valeur à leur profit.

Cela leur permet de connaître l’état psychologique différent d’un individu à l’autre, particulièrement les tempéraments déterminants pour susciter divers comportements allant du calme à l’agressif en passant par le coléreux, le flegmatique. Tout écrivain qui invente des situations comparables à celles du réel avec ses incompatibilités d’humeur, ses règles de courtoisie dans les rapports entre individus appelés à discuter pour dire des choses sensées, à entretenir des relations de bon voisinage, à entretenir de bons rapports avec tout le monde pour avoir une bonne réputation, à contribuer à rendre la vie agréable. La vie sociale est l’affaire de tout le monde et chacun a le devoir de respecter les principes de moralité, qui sont des principes universels ou humanistes de respect réciproque, de politesse, de courtoisie, sans lesquels la vie en société serait impossible. Les écrivains sont supposés les connaître et les personnages qu’ils mettent en scène sont choisis pour incarner les bonnes manières ou pour être opposés aux normes sociales.

La vie est la source de la littérature

Indéniablement, la littérature tire toute sa substance de la vie, il n’y a pas de littérature sans la vie. Sur quoi est bâti tout le théâtre, sur la réalité sociale dans ce qu’elle a de plus visible et de plus profond. Les tragédies et les comédies deviennent plus intéressantes lorsqu’elles rentrent dans les affinités de la vie la pièce théâtrale en école de ressourcement pour le public avide de connaître toujours plus l’intériorité des hommes ; leurs interventions font découvrir leurs travers dans ce qu’ils ont de plus sordide, ce qui excite la curiosité des spectateurs qui finissent par comprendre que les relations sociales sont fondées sur l’intérêt sous toutes ses formes. Les romans, particulièrement les romans psychologiques se nourrissent des problèmes de la vie. Parmi nos plus beaux romans, il y a ceux de Mohamed Dib «La grande maison», l’une de ses premières œuvres qui a eu du succès, surtout avec son film éponyme. Mohamed Dib raconte la vie au quotidien à Dar Sbitar, une vie dure qui remonte à l’époque coloniale. Dar Sbitar, une maison fermée avec plusieurs familles occupant chacune un petit logement exigu, une cour et un puits communs. Une vie simple menée dans la plus grande pauvreté et parmi les familles, il y a celle du petit Omar parmi tous les autres vivant les mêmes problèmes. La mère de Omar cousait tout le temps des espadrilles pour un patron espagnol et à un prix dérisoire. Omar servait d’intermédiaire, il trimait beaucoup le pauvre et quand il avait un peu de temps, il portait le couffin aux Français coloniaux, dans l’espoir de gagner quelques sous. A Dar Sbitar, on entendait crier tout le temps, telles les femmes quand elles se disputaient autour du puits. On entendait souvent Omar appeler : yemma la police, de temps en temps la police française faisait irruption, à la recherche de quelqu’un, dans cette maison où tout le monde vit misérablement comme dans un cloitre. Tous les écrivains de talent ont trouvé une abondante et riche matière pour élaborer une belle œuvre pour faire la peinture de la société à l’époque coloniale. En milieu campagnard dans «Fin d’hier», l’auteur raconte la vie des gens attachés à leur terre et conformément aux traditions ancestrales. C’est un roman dont la beauté est rehaussée par les histoires anciennes et qu’on éprouve le plaisir de lire, ça fait de la bonne lecture et un retour aux origines par la littérature orale extrêmement riche par son contenu et la diversité des genres : des contes de grand-mère, une belle poésie engagée et pourtant improvisée ; souvent de circonstance, des légendes très diversifiées allant l’hommage à des héros régionaux aux histoires merveilleuses de type didactique, des devinettes et charades. Ainsi des pans entiers de la vie ancienne et actuelle sont reconstitués par la littérature.

Mais la littérature ne doit pas s’éloigner de la vie

Elle ne peut pas s’en éloigner et en aucun cas. Cependant, il y a des auteurs fantaisistes qui essayent de s’en éloigner et ils ont découvert le néant. Un romancier a avoué avoir été tenté par un livre qui tienne uniquement par l’écriture, en faisant totalement abstraction de la vie en général. Il a dû se casser les dents. Donc aussi loin qu’on veuille s’éloigner de la vie, chaque œuvre garde des traces de la nature, compte tenu du fait que quand on veut de la vie, il s’agit de quelque aspect de la nature qu’on aborde. La littérature ayant été nourrie et enrichie, depuis les origines, par la vie, il est normal qu’en échange, la littérature doit lui être reconnaissante. Partout, il y a de la vie, tous les écrits sortis de la main de l’homme portent des traces de vie et ce, depuis la nuit des temps. L’écriture dite automatique qui semble vouloir ne pas rentrer dans la vie est en plein dans la vie de manière implicite. La littérature de fiction par le roman, parle quelquefois du monde extraterrestre, les planètes du système solaire, mais qu’on le veuille ou non, ils rentrent dans d’autres mondes, mais en se fondant sur la vie réelle. Donc, cela est d’autant plus authentique qu’elle prend en charge tous les aspects de la vie. Les romans sentimentaux rentrent pleinement dans la vie intime et ils s’en portent merveilleusement bien. Il s’agit de romans qui suivent l’itinéraire des couples normaux ou anormaux qui se délectent dans la vie en faisant un effort constant de connaître le bonheur. Et comme dans la réalité, ce bonheur précaire finit par se briser par un concours de circonstance, des malentendus, problèmes de jalousie, divorce et conséquences qui en découlent. L’auteur raconte ces problèmes de la vie avec beaucoup de talent en inventant des situations souvent rocambolesques qui font découvrir aux lecteurs intéressés tous les dessous d’une vie sentimentale, cela les passionnent vraiment en souhaitant en savoir plus. Emile Zola est renommée pour la peinture des caractères et va jusqu’à rentrer dans la vie intime des personnages pour la rendre publique et ses personnages sont réels et ont fait partie de la société, et s’il les choisit, c’est qu’ils sont représentatifs de l’actualité. Zola est quelqu’un qui rentrait bien dans la vie intime des gens, et il en faisait des peintures très détaillées en tant qu’écrivain ayant appartenu au mouvement naturaliste fondé sur la méthode expérimentale consistant à faire des enquêtes approfondies sur les personnages et les évènements qu’ils vivent pour connaître la vérité des faits et gestes. Zola avait aussi l’avantage de lire avec intérêt les revues de psychanalyse que lui envoyait un ami, spécialiste en la matière, régulièrement de Belgique. Ces lectures ont affiné ses connaissances sur les différents types de caractères et leurs comportements sur le plan social. Quand il fait la peinture d’un individu, il va jusqu’à rentrer dans son intériorité. Ce qui rend ses romans excitants, c’est la qualité des détails sur l’aspect psychologique de chacun des personnages, il a fait à la perfection le travail de psychanalyste si bien que le lecteur a le sentiment de se délecter de la vie des personnages. Le lecteur pousse sa curiosité jusqu’à vouloir rentrer toujours un peu sur l’intimité des personnages. Zola a acquis la notoriété d’écrire des romans intéressants à lire parce qu’il nous donne à voir l’intimité des couples ainsi que des personnages atypiques, l’auteur rentre bien à chaque roman dans la vie de tout le monde. Tout écrivain a le devoir de parler de la vie de chacun dans son environnement.

Par : Boumediene Abed

Paru in : La Nouvelle République

Auteur

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