Trait-d'Union Magazine

Mort de l’éditeur Klaus Wagenbach, expert de Kafka et passionné par l’Italie

L’éditeur et essayiste allemand Klaus Wagenbach est décédé le 17 décembre 2021 à l’âge de 91 ans à Berlin. Sa disparition a été annoncée le 20 décembre par la maison d’édition qui porte son nom. Grand spécialiste de Kafka, il était un personnage très respecté, certainement l’un des plus grands découvreurs de talents et diffuseurs des chefs-d’œuvre de littérature européenne, en particulier italienne.

C’est par ces mots que la maison d’édition qu’il a fondée en 1964 se souvient de sa figure et annonce sa mort : « Chers amis, l’enfant de la guerre, la veuve, la plus ancienne, de Kafka, l’anarchiste et chevalier, le cycliste, Berlinois amoureux de l’Italie, le créateur de livres, l’éditeur, le découvreur d’auteurs, le fondateur d’éditions, esprit politique indépendant, lecteur sauvage et fervent conteur, amateur d’art, ami et compagnon attentionné, buveur de vin rouge, à l’âge de 91 ans, le 17 décembre 2021, vendredi, le Dr Klaus Wagenbach, est décédé à Berlin, accompagné de sa famille et entouré de ses livres. »

L’engagement politique

Wagenbach est en effet considéré comme l’un des plus importants représentants de la culture allemande de l’après-guerre. Il est également connu comme l’éditeur ayant le plus de casiers judiciaires, mais aussi le plus de récompenses.

Lié à l’Außerparlamentarische Opposition (APO, mouvement politique d’opposition extraparlementaire allemand) et au mouvement étudiant, il est au centre de l’actualité — et de l’actualité judiciaire en particulier — en tant qu’éditeur de Wolf Biermann (poète critique de la République démocratique allemande) et pour la publication du manifeste de la Rote Armee Fraktion (le groupe terroriste allemand Raf). 

Les études et la création des Éditions Wagenbach

Né le 11 juillet 1930 à Berlin, Wagenbach a étudié l’histoire de l’art, la culture et la littérature allemandes et l’archéologie aux universités de Francfort et de Munich. Il deviendra ensuite, en 1994, professeur honoraire de littérature allemande moderne à la Faculté de philologie de l’Université libre de Berlin.

Il a été également libraire. Pendant la période d’après-guerre, il a souffert de la privation de liberté causée par la censure politique, culturelle et moralisatrice de l’Église catholique. Il s’est ensuite rendu à Prague, pour étudier Kafka, et a été soumis à des contrôles des services secrets pour ses activités antisoviétiques présumées. 

Puis il a commencé un travail éditorial pour Fischer, avant des problèmes avec la nouvelle direction ultraconservatrice de la maison d’édition, causant la perte de son emploi.

En 1964, il a fondé une maison d’édition pour s’opposer à l’essor de bestsellers industriels et au conformisme culturel. Cette structure, toujours existante, est spécialisée dans les textes contemporains. Il l’a dirigée jusqu’en 2002, date à laquelle il a passé les rênes à son épouse Susanne Schüssler.

La promotion de la littérature italienne

L’éditeur, qui a joué un rôle de premier plan dans le renouveau de l’édition européenne, se définissait idéologiquement comme un « socialiste et un ami de l’Italie », comme le rappelle AdnKronos.

En effet, Klaus Wagenbach Verlag est connu pour avoir promu la littérature italienne contemporaine en Allemagne, en publiant des auteurs comme Moravia, Malerba, Natalia Ginzburg, Gadda, Pasolini, Flaiano, Tabucchi et Manganelli. 

Le 28 mars 1972, lors des funérailles de Feltrinelli où seuls deux représentants de l’édition italienne, Bollati et Einaudi, sont présents, c’est lui qui prononce l’oraison funèbre. 

Une reconnaissance unanime

Ami de Giangiacomo et Inge Feltrinelli, l’éditeur allemand a reçu de nombreuses récompenses en Italie pour ses mérites dans le domaine de l’édition : entre autres, le Prix Ardinghello, le Prix national de la traduction, l’Astrolabe d’or, le Prix Enrico Filippini, le titre de Cavaliere dell’Ordine al Merito della Repubblica Italiana et un diplôme honorifique de l’université d’Urbino. 

Sa carrière a été récompensée à niveau international par de nombreux autres prix : le Kurt-Wolff-Preis, le Rahel-Varnhagen-von-Ense-Medaille der Stadt Berlin, le Kythera-Preis, le titre de Chevalier de la Légion d’honneur de la République française, le Hugo-Ball-Preis, le Deutscher Kritikerpreis.

Le biographe de Kafka

Wagenbach est d’ailleurs estimé dans le monde entier pour ses recherches sur la biographie de Franz Kafka, dont il était non seulement un érudit, mais aussi un grand collectionneur et sur lequel, bien sûr, il avait obtenu un diplôme. On l’appelait en effet, pour plaisanter, « la veuve la plus ancienne de Kafka ».

Il a publié de nombreux ouvrages en Italie, dont Franz Kafka. Biografia della giovinezza (Einaudi, 1972), et Kafka, immagini della sua vita (Adelphi, 1983). Il est par ailleurs l’auteur d’une biographie sur Franz Kafka publiée en 1967 par Gallimard (traduite par Élisabeth Gaspar) et d’une autre publiée par Le Seuil en 1968 (traduite par Alain Huriot).

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