Trait-d'Union

MAAMAR LARIANE, ÉCRIVAIN : « Il faut des tentatives plus hardies pour faire aimer la lecture »

Dans cet entretien accordé à l’hebdomadaire LE CHÉLIF (N°6 janvier 2014), Mâamar LARIANE revient sur ses deux romans publiés à compte d’auteur aux Éditions Dar El Gharb. Les faits qu’il relate et les personnages qu’il met en scène sont fictifs, mais ont quelque part prise sur la réalité de la société algérienne. Quitter son patelin provincial ou fuir son douar pour se faire une situation dans une grande métropole, c’est le rêve commun de milliers de jeunes qui tentent de se libérer du poids des servitudes… pour finir dans les griffes de la ville.

Monsieur Mâamar Lariane vous voudriez bien livrer au lectorat un aperçu de votre premier ouvrage «L’Orphelin» ?

Ce roman relate l’histoire d’un jeune homme, Moul, venu de la campagne en ville, contraint par le sort à la suite du décès de son père, pour chercher du travail à Alger afin de subvenir aux besoins de sa famille. Il fera la rencontre heureuse d’Arezki qui l’aidera en lui assurant, au début, le gîte et le couvert, avant qu’il déniche un boulot comme maçon et un logis en pension chez un vieux couple de retraités. Et dans le chantier de construction d’un immeuble où il est employé, il rappellera étrangement au contremaître des lieux le souvenir de son fils décédé lors d’un accident de la circulation. Ce qui a pour effet pour le jeune embauché d’être traité avec beaucoup d’égards, contribuant ainsi à la consolidation de sa position sociale, et l’espoir d’un bonheur même n’est pas loin de lui sourire en la personne de Yasmine. Seul point noir, l’attitude patibulaire d’un ouvrier du chantier surnommé Le Gaucher, faisant partie d’une bande de mauvais garçons des bas-fonds de Bab-El-Oued et qui, par jalousie, ira jusqu’à provoquer Moul au cours d’une sérieuse altercation dans le seul but de l’agresser lâchement en portant un coup à sa remarquable ascension sociale. Fort heureusement, l’intervention de l’entourage va dissuader les deux protagonistes de persister dans cet esprit d’animosité contraire aux intérêts des modestes travailleurs, incitant alors les deux bonhommes à se serrer finalement la main. Malheureusement, la suite des évènements n’est pas tout aussi rose puisque Moul va connaitre un tragique sort, à la suite d’un accident mortel de la circulation.

Le roman retrace-t-il des faits réels ?

Non, certains ont même songé qu’il s’agit d’un récit autobiographique. Il n’en est rien, il s’agit simplement d’un roman qui, tout en recourant, à la fiction s’inspire néanmoins de la réalité du vécu social d’un individu au statut social relativement comparable à celui du personnage de Moul en qui beaucoup de maçons comme lui pourraient se reconnaitre.

Un aperçu de votre second ouvrage «Les griffes de la ville», M. Lariane?

C’est l’histoire d’un jeune homme qui quitte l’ex-El Asnam à la suite du séisme de 1980 pour aller s’installer à Oran où il a la promesse d’un boulot ; à savoir d’être recruté comme policier, aidé en cela par un ami officier de la sûreté dont il tombera amoureux de la sœur et qu’il épousera en fin de compte. Affecté à la brigade des mœurs, notre héros ne tardera pas à s’habituer à la fréquentation des lieux malfamés de la capitale de l’Ouest. C’est ainsi que, progressivement, il glissera dans le milieu des bas-fonds de la société marginale oranaise, devenant l’acolyte inséparable de la patronne d’une maison close. Les ennuis vont alors pleuvoir sur le jeune policier qui commence à dévier de la voie légale qu’il s’était tracée au départ pour finir par le plonger dans le monde répréhensible de la criminalité et des mauvaises mœurs, l’amenant, par conséquent, à perdre son statut social au grand désespoir de sa femme et sa famille. Au finish, c’est la désillusion totale pour ce genre de types rêvant de la réussite en ville et délaissant ce qui ont laissé derrière eux et qui aurait pu constituer leur éden sur terre, comme le donne à voir l’image typique des grands exodes ruraux durant les années soixante-dix du siècle écoulé.

Il y a comme qui dirait, une tendance au style policier dans «Les griffes de la ville», la toile de fond sociale ayant servi de prétexte pour la confection de ce roman qui tiendrait du polar, apparemment ?

Pas du tout ! Le personnage principal est un policier. Par la force des choses, son parcours le mène inexorablement dans le milieu des investigations policières, la brigade des mœurs, le trafic des stupéfiants, etc. Et par cet aspect, il s’agissait de livrer un aspect sociologique des bas-fonds de la grande mégapole de l’Ouest. En d’autres termes, le roman s’inspire de faits concrets. Je me suis même documenté auprès d’un officier de la sûreté lors de la conception des grandes lignes du récit, c’est pour vous dire qu’il y a eu dès le départ un souci d’authenticité qui n’a rien à voir avec la tendance au polar que certains ont cru déceler dans mon second roman.

À propos de l’édition, vous vous êtes fait publier chez quel éditeur et à quelles conditions ?

Mes deux ouvrages ont été tous deux publiés à compte d’auteur aux éditions Dar El Gharb d’Oran. Et il faut dire que malgré le fait que j’ai été publié à compte d’auteur, nombre d’ouvrages ont été mal conçus, les pages se décollant dès le feuillettement des livres. D’autre part, la distribution des ouvrages laisse à désirer, les deux romans étant absents en beaucoup de librairies du pays. Et inutile de vous dire que depuis la parution de « L’Orphelin » en 2007 et «Les griffes de la ville» en 2012, je n’ai été destinataire à ce jour d’aucun avis sur l’état annuel des situations de commercialisation des ouvrages comme le stipule pourtant la réglementation en usage dans le secteur de l’édition.

Qui sont les auteurs qui vous inspirent ?

Mon premier auteur préféré c’est Mouloud Feraoun qui m’a marqué par son œuvre mémorable «Le fils du pauvre», il y a ensuite Kateb Yacine, à l’œuvre prodigieuse, et Yasmina Khadra dont j’apprécie beaucoup les écrits littéraires. Pour ce qui est des auteurs étrangers, mes faveurs vont pour Victor Hugo, l’auteur de l’œuvre magistrale et universelle « Les misérables » et aussi Mme de La Fayette, auteure du célèbre roman « La princesse de Clèves », sans omettre Gustave Flaubert, l’auteur de l’historique roman réaliste «Madame Bovary.»

Et que pensez-vous de la littérature algérienne d’expression française ?

La littérature algérienne d’expression française a incontestablement évolué, ce qui n’est pas le cas du lectorat qui ne parait pas suivre la courbe évolutive de la littérature algérienne dans sa triple dimension langagière du français, de l’arabe et du tamazight. Il y a certes eu des tentatives d’encouragement à la lecture publique mais cela reste insuffisant. Il faudrait des initiatives plus hardies, et par la même occasion, essayer de mettre le livre à portée des bourses en subventionnant notamment le livre qui a un rôle déterminant en matière de culture et de support pédagogique et éducatif pour le rappeler au passage. Il urge vraiment de faire propager dans les milieux scolaires, de la jeunesse, etc., les œuvres des Mouloud Feraoun, Kateb Yacine, Yasmina Khadra, Assia Djebar, Maïssa Bey, Djillali Khellas, Amin Zaoui, Wacinny Laaredj, Zineb Laouedj, Mohamed Sari, etc.

Connaissez-vous des auteurs de la contrée du Chélif ?

Bien évidemment et là vous me faites songer à ce grand auteur d’envergure nationale et internationale qui écrit en français et en anglais, en l’occurrence Mohamed Magani, originaire d’El Attaf, comme il y a l’écrivain Djillali Bencheikh , travaillant actuellement à Radio-orient en France, ou encore Mohamed Boudia qui n’est plus à présenter localement, qui est un excellent ami. C’est le fervent animateur culturel du café littéraire qu’il préside et où on a réalisé des activités culturelles qui, de l’avis des responsables de la maison d’édition Dar El Gharb, n’ont pas leur pareil à Oran qui est une grande mégapole et beaucoup plus pourvue en moyens, pourtant.

Un dernier mot sur vos projets, vos souhaits ?

J’ai en projet une nouvelle, ou un recueil de nouvelles que je soumettrai bientôt à une maison d’édition. Les souhaits ce n’est pas cela qui manque, mais j’espère avant tout de bonnes perspectives pour le monde des Arts et Lettres et de la culture en Algérie et tout autant pour l’univers des médias et tout particulièrement le nouveau né dans la région, en l’occurrence l’hebdomadaire Le Chélif que je trouve très bien fait et à qui je souhaite beaucoup de réussite sans omettre de saluer au passage tous ses lecteurs d’ici et d’ailleurs.

Propos recueillis par Mohamed Ghriss

Mâamar Lariane, enseignant de vocation, écrivain par passion

Mâamar Lariane est né le 31 janvier 1952 à Oued Fodda. Fils de feu El Hadj Abdelkader, considéré comme l’un des premiers cadres des services des contributions dans la région au début des années 1930, Mâamar effectua ses études primaires et quatre années au collège mixte de sa localité avant de rejoindre les bancs du lycée. Il retient de cette période l’initiation à la lecture par un enseignant de français, René Delenseigne natif d’Oued Fodda et remarquable gardien de but de la formidable équipe de football locale, l’USOF, des années soixante et soixante dix connue au niveau national. Dès la classe de 5ème, Mâamar adopta la lecture comme passetemps favori, ce qui lui valut d’être toujours parmi les premiers en épreuve de français et ce, durant ses quatre années passées au collège. Par ailleurs, il faut signaler le fait que la lecture parallèle des journaux illustrés de l’époque, a contribué grandement à l’amélioration de son niveau dans la langue de Molière. Ce qui a déterminé, par conséquent, son orientation par la suite en seconde série Lettres au lycée As Salam d’El Asnam (aujourd’hui Chlef). Après des études secondaires au lycée As Salam, et après deux années de maitrise au collège mixte d’Oued Fodda, Mâamar opta pour une carrière d’enseignant de Français. Il y était prédestiné, lui qui récoltait les notes de 15, 16 et 17 sur 20 en dissertation française, fort apprécié par son professeur Menenger qui pour rappel notait les idées sur 8, le style sur 6, l’orthographe et la ponctuation sur 4 et la présentation sur 2 ! Accédant à l’École Normale d’El-Khemis, une sorte de tronc commun, Mâamar y passa une année après quoi il fut orienté en section Lettres Françaises à l’École Normale de Bouzareah à Alger, vers le milieu des années 1970, pour une formation de professeur d’enseignement moyen de langue française (PEM – LF). A l’issue d’une bonne dizaine d’années d’enseignement, le professeur de français choisit de travailler dans l’administration du même secteur, aussi était-il affecté à Chlef pour remplir la fonction de directeur de CEM à Ouled Mohamed de 1983 à 1984. Poste qu’il quitta par la suite, à sa demande, pour aller enseigner de nouveau le Français au lycée technique d’Oued Fodda de 1986 à 1993. Par la suite, il passa une année à Oran pour une formation de conseiller à l’éducation, fonction qu’il assura quelques années dans l’administration avant d’être de nouveau désigné comme directeur d’établissement moyen (DEM) quelque temps avant son départ en retraite en 2003, après une mission d’éducation bien remplie. Ce qui lui a valu d’ailleurs d’être sollicité pour enseigner au Centre de formation de Chlef en qualité de vacataire. Depuis, il assure régulièrement des cours de Français dans une école privée de Chlef et ce, uniquement dans le but d’apporter un plus aux nombreux étudiants et fonctionnaires dont le désir d’apprendre est absolument remarquable. Durant ses temps libres, Mâamar Lariane s’adonne à sa passion de lecture et d’écriture, s’essayant depuis assez longtemps à s’exprimer dans la langue de Molière. C’est ainsi qu’il commença par élaborer un premier livre (L’orphelin) qui prit forme et qu’il publia avant de le faire suivre par un autre (Les griffes de la ville), l’auteur ayant vainement cherché un soutien qu’on lui souhaite pour ses projets à venir, notamment auprès des instances culturelles nationales chargées de la promotion du livre en Algérie.

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