Trait-d'Union

L’ORIGINE DES FÊTES DU IANAÏR BERBÈRE

LA FÊTE DE IANAÏR EST ATTRIBUÉE À UNE VICTOIRE BERBÈRE SUR LES PHARAONS D’ÉGYPTE.

La mythologie

Saturne est un dieu ancien de la mythologie romaine. Il est la divinité des semailles, de la vigne, de la fertilité et de l’abondance. Il préside aux travaux agricoles. Janus est une divinité aussi ancienne que Saturne. Il est le dieu de tous les commencements, dont celui du jour, du mois et de l’année. Il est le gardien des Portes (Janus en latin signifie le « gardien des portes », de januae « portes »). Il est le roi légendaire du Latium (l’Italie primitive). Saturne est chassé du ciel par son fils Jupiter. Janus l’accueille dans son royaume et lui donne un asile digne de son rang divin. En remerciements, Saturne le dote des pouvoirs nécessaires à une bonne gouvernance, dont celui de garder la mémoire du passé et de prévoir l’avenir. Ils s’associent dans la direction du royaume. A eux deux, ils apportent aux hommes la paix et l’abondance : l’âge d’or. Leurs deux noms resteront associés à cette époque mythique. Durant l’antiquité romaine, Janus est couramment figuré sur les pièces de monnaie sous l’aspect d’un homme barbu dont la tête porte deux visages opposés regardant l’un vers l’avant, l’autre vers l’arrière (l’avenir et le passé). Ses attributs sont la clé et le bâton du portier.

L’histoire

Romulus, fondateur de Rome avec son frère Remus (750 avant Jésus Christ), ne trouve pas de gens pour peupler son royaume. Il accueille des esclaves évadés et des hors-la-loi auxquels les tribus voisines (parmi elles, la puissante tribu des Sabins) refusent de donner leurs filles en mariage. Romulus utilise un stratagème: il invite Sabins et Sabines à des jeux au grand cirque, enlève les jeunes filles pendant le spectacle, et les donne en femmes à ses compagnons. Une guerre s’ensuit qui ne prend fin que le jour où les Sabines s’interposent entre les combattants en offrant aux lances et aux flèches les enfants qu’elles avaient eus avec leurs ravisseurs. Les deux peuples se réconcilient et fusionnent.

Numa : inventeur du mois de Janvier (Ianaïr) et de Février

Romulus, qui avait assassiné son frère Remus, assure la royauté sur les deux peuples fédérés. En 714/715 avant Jésus Christ, les sénateurs romains l’assassinent, laissent croire au peuple que des vents célestes l’avaient appelé auprès des dieux et offrent sa couronne à Numa Pompilius, un notable sabin connu pour sa grande piété. Numa modifie l’année romaine qui comptait 304 jours et commençait en Mars. Il lui ajoute deux mois, celui de Januarius « janvier » ou mois de Janus et celui de Februarius (février) ou mois des februum « les purifications». Il institue des fêtes spéciales en l’honneur de Janvier. Il déplace au 15 Février les fêtes religieuses de Lupercales qui se tenaient habituellement le 15 Mars. En se référant au mythe sacré de Janus et de Luperca (nom de la louve qui avait allaité Remus et Romulus), Numa le sabin entendait assurer aux romains qu’il se liait à eux par les mêmes devoirs moraux que ceux qui avaient lié Janus et Saturne et qu’il faisait siennes les traditions mythiques relatives à l’origine de Rome. L’iconographie représente le mois de Janvier sous l’image d’un sénateur romain jetant de l’encens dans le feu d’un autel ; à son côté se dresse un coq pour certifier que le sacrifice a été fait au début du premier matin de l’année nouvelle. Il est aussi représenté par un Janus à deux têtes ; ailleurs il porte des ailes, symbole du temps chez les romains. Les terminaisons latines tombent dans le langage parlé dès le 1° Siècle après J.C. Juanuar (ius) devient donc très tôt Ianaïr dans la langue romaine laquelle était parlée par les berbères au moins dans les grandes villes. Numa étant l’inventeur du mois de Janvier et de ses réjouissances, on relierait à tort l’institution de Ianaïr à une époque autre que celle allant de son intronisation (714-15 avant Jésus Christ) à sa mort (671-72 avant Jésus Christ). Les idées reçues étant extrêmement difficiles à contredire, il faut se rappeler qu’avant le règne de Numa, Janvier (Ianaïr) n’existait pas comme mois du calendrier. Une légende rattache ce mois à la fondation, en 950 avant Jésus Christ, en Egypte, d’une dynastie pharaonique par un roi numide nommé Chachnaq. Cette légende, qui ne cite pas ses sources, et qui est parfaitement inconnue dans la majorité de l’Algérie, est flatteuse, mais purement fictive. La richesse de la culture berbère n’est pas pour autant diminuée. Au contraire : l’extra-territorialité d’une célébration devenue indissociablement nôtre, conscientisée au plus profond de notre identité est la preuve de notre faculté d’assimilation et d’ouverture à l’universel…

Ianaïr en tête de l’année

Il est probable que du temps de Numa déjà, le mois de Ianaïr était considéré comme le début d’une époque, sinon de l’année. Mois dédié à Janus, le dieu des commencements, le maître des Transitions, des Portes, il était normal de le placer au début de tout cycle. Les hésitations des historiens cessent toutefois dès l’année 46 avant Jésus Christ. C’est à cette date en effet que Jules César, sur conseils de l’astronome grec Sosigène, modifie le calendrier romain et qu’il installe officiellement Janvier en tête du comput. Il fixe à 365 le nombre des jours de l’année et institue une année bissextile tous les 4 ans. Le jour supplémentaire était le 24 février (qui était donc doublé tous les 4 ans). Le calendrier connaîtra une nouvelle réforme en 1582 à l’initiative du pape Grégoire XIII (pape de 1572 à sa mort en 1585) qui garde lui aussi, Janvier comme mois inaugural de l’année.

Le décalage de 11 jours du Ianaïr berbère

Ianaïr est fêté uniformément le 12 janvier à travers le pays. Initialement, nous le fêtions en même temps que l’ensemble des peuples méditerranéens de civilisation romaine. Le décalage de 11 jours s’est produit à la date du 2 septembre 1752. Cette année en effet, l’Angleterre ayant décidé d’adopter le calendrier grégorien, les astronomes refirent leurs calculs*. Ces derniers révélèrent que le temps sidéral avait pris 11 jours d’avance sur le comput usuel. On fit les ajustements voulus en décrétant que la journée qui suivait le 2 septembre 1752 (soit le 3 septembre) serait supprimée et remplacée par le 14 septembre. La réforme ne nous a pas concernés. Les Turcs nous tenaient, à cette époque, hors de l’histoire du monde. Notre Ianaïr est resté fixé à sa date primitive. Il a donc pris et gardé un retard de 11 jours, c’est-à-dire qu’il a été reporté au 12ème jour de janvier selon le nouveau comptage. C’est la date du mois à laquelle nous le célébrons depuis 1753.

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