Trait-d'Union

« Les Susceptibles Origines Du Vocabulaire De La Langue Française » De Driassa Benaïssa

Il s’agit d’un essai sur l’influence de la langue Arabe sur la langue française. Pour démontrer cet ascendant (historique) de la langue d’El-Mutanabbi sur celle de Molière, l’auteur, Driassa Benaïssa, n’a pas trouvé mieux que d’aller rechercher « cette vérité » dans les tréfonds des substantifs du vocabulaire français en les recomposant dans leur première « occurrence » linguistique.

«En dépit de quelques imperfections et invraisemblances, cette étude, pour le moins originale, contient une thèse réhabilitation, novatrice et dont les conclusions sont de nature à intéresser linguistes, philologues, sociologues, universitaires et ceci dans l’optique d’inscrire cette langue au registre du principe universel des droits des langues inaperçues, sa juste réhabilitation et utilisation dans des projets de recherches linguistiques, scientifiques ou encore littératuro-logiques», écrit Mohamed Nadhir Sebaa dans la préface de l’ouvrage. Il est à noter que ce travail de recherche, mené par un passionné de linguistique, est d’une profondeur plus que significative. Le lecteur y décèlera des « vérités » énigmatiques sur les origines des langues et notamment dans la relation de la langue Française avec l’Arabe. Il est à se demander s’il n’y a pas un seul mot français qui ne puise pas son « radical » soit directement de la langue Arabe, soit de la langue Libano-phénicienne, l’ancêtre des langues sémites.

Pour comprendre cette « imbrication », il faut savoir, et selon l’auteur, que toutes les langues ont une origine et une nature historique et sociale. Il n’existe pas de langue « génération spontanée ». Les mots, les verbes, le vocabulaire, en général, ne naissent pas du jour au lendemain, du néant. Aussi paradoxal que cela paraisse, les dialectes, surtout africains et arabes, ont été de tout temps des « affluents » non moins importants pour les langues latines et indo-européennes. Par exemple, le « wée » arabe devient « gée » en français comme dans « apogée ». Il y a aussi la transformation des lettres arabes vers le français. Comme : le B qui devient P (baba = papa) ; le D qui devient T (Mohamed = Mahomet) ; le GH devient H ; le K devient C ; le TH devient T ou C ; le DH devient G ; le HA devient Kh ou K ; le Tha devient Z, etc.

L’ouvrage est réparti sur 16 parties distinctes. Chaque partie examine, et en profondeur, le sujet qu’il lui est afféré. Les 16 chapitres analysent les sujets linguistiques suivants :

  • Première partie : Histoire du mariage d’Alcallimat avec El-Callimot
  • Deuxième partie : De l’origine d’un mot aux premiers balbutiements de la langue française.
  • Troisième partie : Les deux portails du transfert de la science arabo-musulmane vers l’Europe.
  • Quatrième partie : Nature humaine et progrès
  • Cinquième partie : Approche de l’étymologie de la langue française.
  • Sixième partie : Mots en usage dans la langue française.
  • Septième partie : De la mer méditerranée à l’encyclopédie universelle.
  • Huitième partie : Signes diacritiques et le langage mathématique.
  • Neuvième partie : Des lettres minuscules et majuscules.
  • Dixième partie : Une variante ou Encarta ose une infiltration dans l’histoire.
  • Onzième partie : Mécanique hydraulique aux origines des mots en rapport du divin.
  • Douzième partie : Les origines de l’appellation des mois à l’équivalent alphabétique.
  • Treizième partie : Approche critique de certains écrits.
  • Quatorzième partie : Du symbole au scatologique.
  • Quinzième partie : Corpus pour en savoir plus.
  • Seizième partie : Conclusion partielle.]

Telle est la répartition des thèmes étudiés dans cet ouvrage aux mille facettes et énigmes linguistiques. A dire vrai, le commun des lecteurs trouvera beaucoup de difficultés à assimiler les innombrables « paradigmes » que recèlent les langues dans leurs natures et origines. On peut donc qualifier cet ouvrage de document réservé aux linguistes et philologues. Personnellement, et n’étant pas spécialiste de la linguistique, j’ai dû faire un grand effort pour arriver à déceler les fils conducteurs aux origines de la langue en général et la langue française en particulier. De toute façon, le lecteur sortira avec une synthèse bien claire concernant l’influence de la langue Arabe sur la langue Française. Il sortira aussi avec une autre « certitude », plus ou moins étonnante, qui consiste à dire que le latin n’est pas l’origine « démontrée » de la langue française.

Il y a dans le livre de M. Driassa Benaïssa comme un appel à la réflexion sur ce qui est établi depuis des lustres au sujet des origines des langues et notamment celle de la langue française. Non, la vérité n’est pas « occidentale », philologiquement parlant. Oui, la langue Arabe, avec celle des Libano-phéniciens, est bien la mère de presque toutes les langues du monde. Et que ceux qui ont des doutes et des réserves s’approchent de l’auteur de cet ouvrage, personnellement, je n’ai fait que rapporter ce que j’ai lu, et encore que je n’aie rapporté qu’un infime de ce que j’ai lu…

En conclusion : « Étant donné que les langues (comme les sociétés) changent, s’enrichissent et se transforment en permanence, les critères de conformité de la réalité linguistique à la référence civilisationnelle arabo-musulmane devient une nécessité et un juste retour à la réhabilitation de la langue arabe vu sous l’angle pertinent de l’histoire comparative. C’est cette incurie et ostracisme culturel à l’égard de la langue arabe, mais aussi à l’égard d’autres langues, africaines, berbères, hindouistes… que des efforts doivent être décuplés à la recherche d’une nouvelle solution de replacement des langues dites « inférieures » ou « mortes » et d’une vulgarisation de concepts spécifiques que l’on n’avait pu regrouper antérieurement. Nous espérons enfin que cette initiative tout à fait actuelle et utile, conduise à la formulation d’une culturelle revendication, dans l’optique d’un résultat pertinent à l’inscrire au registre du principe universel des droits des langues inaperçues au progrès scientifique et littératuro-logiques des hommes… », écrit L’auteur Driassa Benaïssa.

On revient de loin après la lecture de cet essai linguistique. On revient surtout avec beaucoup de questionnement. On se perd presque dans « l’ambigüité » des mots, qui viennent et qui vont, d’une société à une autre… d’une résonnance à une autre. Le lecteur oriental, surtout arabe, y trouvera de la matière à « remodeler » son passé linguistique et, surtout, à le reconsidérer.

Il faut surtout avoir de la patience, ou être passionné de la linguistique comme l’auteur, pour pouvoir arriver à sortir « indemne » d’un tel voyage, presque surréaliste…

Les susceptibles origines du vocabulaire de la langue française De Driassa Benaïssa. Editions El-Maarifa, Alger. 244 pages.

Chronique parue in Le Chélif

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