Trait-d'Union Magazine

« Les rescapés de Pula », l’illusion d’un eldorado européen

Dans son dernier roman « Les rescapés de Pula », Saïd Saad invite le lecteur à accompagner un jeune candidat à l’émigration clandestine dans la préparation de la traversée de la mer méditerranée vers l’illusion d’un eldorado européen qui cède très vite la place à la dure réalité de la vie infernale du clandestin.

Publié en France, cet ouvrage de 231 pages, qui sera bientôt édité en Algérie chez « Dar El Othmania », relate la vie du jeune Mokhtar, vendeur à la sauvette dans les marchés de la capitale, vivant avec sa mère, dans un quartier populaire, après l’assassinat de son père durant la décennie noire.

D’emblée, ce roman implique le lecteur dans la préparation du voyage, le vol des bijoux de la mère pour financer l’aventure, l’écriture d’une lettre d’adieu, la peur de se faire prendre, l’hésitation et les espoirs d’un « ailleurs meilleur » que les proches font « miroiter ».

Après le déchirement du départ, le récit se plonge dans le désespoir d’une mère désemparée qui remue tous les quartiers d’Alger à la recherche de son fils. Zineb, épaulée par son beau-frère, finit par savoir que son fils compte embarquer depuis Annaba et se lance sur ses traces, caressant l’espoir de le retrouver et de lui faire abandonner son entreprise périlleuse.

Après avoir survécu à un voyage des plus dangereux, Mokhtar est très vite confronté à sa nouvelle condition de clandestin, sans revenus, sans abri et affaibli, il se retrouve dans un centre pour migrants alors qu’il avait pris le train pour rejoindre son ami.

Tout en relatant le quotidien de Mokhtar, sa tentative d’évasion, son travail dans une marbrerie et la pneumonie sévère qui a considérablement affecté sa santé et lui a fait perdre son travail, l’auteur revient à chaque fois raconter le profond désespoir d’une mère à peine rassurée par deux appels téléphoniques.

C’est à Marseille que le clandestin arrive enfin à se poser chez une vieille connaissance, après avoir goûté à la vie du SDF et commis son premier vol, complètement terrassé par la maladie, Mokhtar se rend à l’évidence, « les autres donnent une fausse image de l’Europe (…) celle de la réussite totale, de la liberté, de l’aisance financière, de la réussite sociale » qui s’avère être « un miroir aux alouettes ».

« Les rescapés de Pula » propose deux niveau de narration, un premier dédié à la famille restée en Algérie, à son désarroi et à l’acceptation progressive, et un second, plus dramatique racontant la vie du clandestin en la confrontant à son destin éventuel dans son pays.

Journaliste et traducteur, Said Saad, né en 1955, est l’auteur de deux romans, « Parfums d’une femme perdue » paru aux éditions Thala en 2010 et « Les tranchées de l’imposture » publié en 2018 aux éditions Dar El Othmania, où il rend hommage aux milliers de combattants algériens morts durant la seconde guerre mondiale.

APS

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