Trait-d'Union

Lecture et culture, deux concepts étroitement liés depuis la nuit des temps.

La lecture a toujours été perçue comme étant le moyen le plus efficace et le plus sûr pour lutter contre toute forme d’ignorance. Cette activité permet à l’individu d’élargir ses connaissances, d’acquérir une riche et vaste culture et d’améliorer infailliblement ses capacités d’expression et de rédaction. Elle l’aide aussi à surmonter les aléas liés à l’ennui et à l’oisiveté.

La lecture, en une dimension simple, réduite et objective, se définit comme l’activité qui consiste à lire des supports écrits dans un contexte bien précis afin de saisir une information, de relever une idée ou un modèle de recherche dont on a besoin, ou d’atteindre un objectif minutieusement tracé au préalable. L’individu lit un journal ou un magazine pour avoir plus d’informations à propos de tel ou tel sujet. Par la même occasion, il se tient au courant de ce tout qui s’effectue au niveau de la scène internationale en matière de changement et de progression des différents événements qui marquent l’actualité. Un deuxième individu procède, à titre d’exemple, à la lecture d’un livre ou d’un document pour en extraire les idées essentielles qui lui facilitent l’accomplissement d’un travail dans des conditions optimales. Il s’en sert d’une façon pragmatique qui fait de la lecture son cheval de bataille pour obtenir un maximum d’intérêt. Un troisième individu qui, suivant des consignes parfaitement préétablies, lit un support écrit pour des fins de compréhension, d’étude et d’analyse. Il s’agit, dans ce cas, d’un apprenant opérant à l’intérieur d’un cercle de mesures mises en œuvre par des didacticiens. Il lit attentivement le texte qu’on lui propose tout en essayant de comprendre le sens, figuré ou péjoratif, de chaque expression. Il passe par la suite à l’exploitation du texte qui lui permet d’aller au plus profond de l’étude du message véhiculé par l’auteur. Dès lors, il met en exergue toutes les informations essentielles de sorte que ce message soit convenablement décrypté.

En revanche, la lecture, en une dimension plus générale et plus subjective, se définit comme l’opération intellectuelle qui s’intéresse à la lecture des meilleurs ouvrages pour des fins aussi bien sociales que culturelles. C’est une lecture dont l’acteur est un simple individu qui se transforme rapidement en un lecteur averti doté d’un bon sens de la critique et du discernement. Ici, le lecteur, à cause de sa profonde imprégnation des visions et de certaines façons de voir et concevoir les choses que les auteurs clament haut et fort, commence tout naturellement à s’armer de perspicacité et de clairvoyance qui, conjuguées à des mécanismes d’analyse, rendent l’opaque parfaitement clair. Le lecteur se penche sur ce qui est en train de lire tout en étant sur ses gardes pour parer à toute idéologie que l’auteur essaierait de transmettre pernicieusement à travers de jolis mots. Il se méfie des idées subversives qui risquent d’endommager son entité culturelle basée sur des principes de base chèrement acquis et jalousement préservés. Au fur et à mesure que tout cela se réalise, ses connaissances subissent une progression graduelle pour atteindre les plus hauts degrés de la perfection. Ces connaissances seront spontanément exploitées dans diverses situations et quand l’opportunité se présente bien entendu.

Le plus marquant dans ce genre de lecture est l’aspect culturel proprement dit qui accompagne le lecteur tout au long de la durée consacrée à cette activité. Chaque ouvrage donne lieu à une nouvelle notion culturelle qui s’ajoute aux autres notions pour constituer un ensemble encore plus large. Dans cette optique, les idées et les concepts ne changent pas abruptement et arbitrairement, bien au contraire, ils se développent constamment en subissant d’importantes mutations. Des mutations qui, après un bon moment, pourraient arriver à donner de nouvelles définitions à ces mêmes idées et concepts qui ont longuement existé auparavant sans pouvoir être mis en valeur à cause de leur incompatibilité avec le monde réel qui les rejetait continuellement. Voilà une lecture qui a été capable de résoudre des problèmes d’incompatibilité pure et dure.

Ce genre de lecture donne aussi à l’individu la possibilité de mettre un terme à toute contradiction qui provient de deux constats opposés l’un à l’autre. Quand un auteur publie, par exemple, un ouvrage consacré au dévoilement d’une réalité historique, il avance des arguments accompagnés d’un bon nombre de témoignages et de citations pour défendre sa thèse et la mettre en avant. Le lecteur lit l’ouvrage tout en prenant en considération les circonstances dans lesquelles le livre a été écrit pour ne pas tomber dans le piège et devenir un fervent défenseur de la même cause pour laquelle l’auteur milite depuis un certain temps. Dans ce cas de figure, une option se présente devant lui sous forme de solution idéale qui n’échouera pas à endiguer tout ce qui lui parait falsifié ou dénaturé. Il se mettra alors à la recherche d’un ou de plusieurs ouvrages écrits par d’autres auteurs et débattant du même sujet. Enfin, une simple étude à la fois critique et comparative va lui éclaircir le chemin et lui procurer les points nécessaires pour distinguer le vrai du faux. C’est une véritable démarche analytique qui était, dans un passé très récent, l’apanage de l’élite.

De ce point de vue, la lecture peut être incontestablement incluse dans la case des disciplines subalternes qui s’occupent de la vulgarisation des savoirs susceptibles d’apporter de nombreux intérêts au commun des mortels sans distinction aucune. Toutefois, cette réalité, dont les fondements sont clairs comme l’eau de roche, n’arrive pas à s’affirmer de façon inéluctable.

Existe-t-il des lecteurs beaucoup plus impliqués que d’autres ?

Dans son ouvrage intitulé « L’Exil et le Royaume » Albert Camus dit : « moins on lit, plus on achète de livres. » C’était en 1957. C’est donc une expression qui remonte au siècle passé. Un siècle où le monde, après les deux dévastatrices guerres mondiales, était en phase de reconstruction et de restructuration en vue de franchir de décisives étapes en matière de progrès. Force est de noter que cela a été dit dans le cadre d’un récit dont la visée était d’évoquer le marasme que connaissait la lecture chez certains.

Si on projette l’essence de l’idée reflétée par ladite expression sur le quotidien de la majorité de nos compatriotes, basé sur tout ce qui a trait à l’aisance et à la rapidité, on aura des constats aussi bien réels ou que révélateurs.

D’abord, on a les gens qui ne lisent qu’occasionnellement et en diagonale. Ils achètent des livres et se disent qu’ils vont les lire quand ils auront le temps. Mais Ils sont trop occupés ! Ils n’ont pas suffisamment de temps pour lire ! Hélas ! Mais si la lecture figurait parmi leurs premières préoccupations quotidiennes, ils auraient largement le temps pour lire et relire des dizaines de livres. Ensuite, on a ceux qui prétendent avoir une envie démesurée pour la lecture. Ils achètent énormément de livres, et cela sans avoir même pas l’intention de les feuilleter. Ils se contentent juste de mémoriser les titres des ouvrages achetés. Ils visent ce qu’on appelle communément «la culture des titres. » C’est un leurre à travers lequel ils désirent, à tout prix, avoir un statut de « personnes cultivées » pour pouvoir s’imposer au sein la sphère à laquelle ils appartiennent. C’est inconcevable. Ils se trompent sur toute la ligne. La culture n’a jamais été un moyen de domination. Enfin, on a les gens qui lisent par amour à la lecture. Ceux-ci achètent des livres dont le contenu est à la hauteur de leurs attentes et de leurs capacités cognitives. Ils lisent sans se rendre compte que leur culture est en train de s’étendre. A long terme, cette pratique leur apportera des tas d’autres avantages. Ils seront par exemple dotés d’un pouvoir magique qui les qualifie à débattre impeccablement de n’importe quel sujet en s’appuyant sur d’irréfutables arguments et de vrais témoignages et citations.

Nos compatriotes méconnaissent l’intérêt incommensurable de la lecture !

Notre société est victime d’incivisme, de déliquescence et de décadence causés par ses propres individus qui, après s’être désintéressés de tout ce qui était en mesure de leur occasionner d’énormes bienfaits sur le plan culturel, se sont adonnés à des pratiques purement futiles et sans importance. Ils agissent souvent de manière irréfléchie et sans se soucier des conséquences fâcheuses auxquelles leurs actes pourraient donner lieu. Métaphoriquement parlant, ils ont perdu tous leurs points de repères et se trouvent désormais au milieu des buissons à la recherche d’une issue.

Nos concitoyens, notamment les jeunes, manquent cruellement de bonnes idées susceptibles de changer le cours de leurs vies. Ils sont souvent pessimistes et ne voient que le mauvais côté des choses. Ils ne sont bons qu’en critique. L’initiative ne relève plus de leurs « prérogatives. » Leurs esprits sont dominés par le doute et le vide spirituel. Ce sont là deux « lacunes » qui ne peuvent être comblées que par la lecture d’un nombre considérable d’ouvrages. A mon humble avis, je crois que le rôle de la lecture dans le processus de la régénération des qualités morales de l’individu est totalement omis. Aucune campagne de sensibilisation aux bienfaits de la lecture n’est organisée. Nos jeunes jettent tout leur dévolu sur le sport qui leur procure une satisfaction entière. Pour eux, la lecture est souvent synonyme d’ennui et d’inutile concentration. Ils ne savent pas qu’ils sont en train de passer inconsciemment à côté de leur bonheur éternel ! Néanmoins, cela n’est point étonnant dans la mesure où ceux qui tiennent les rênes de l’État n’encouragent pas les initiatives visant à promouvoir le rôle de la lecture. Ils n’incluent plus dans leurs ordres du jour la réalisation de lieux ou d’espaces culturels. Si la lecture continue à être mise aux oubliettes, notre société aura à subir les retombées néfastes engendrées par d’autres fléaux sociaux encore plus désastreux.

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