Trait-d'Union Magazine

« Jupe » Poème de Rochelle Potkar

I

Je regarde une vidéo de femmes qui font du vélo en robe courte et parlent de comment ne pas s’exhiber.

Elles ouvrent leurs jambes, tirent l’arrière de leur jupe

et d’une pièce de monnaie et un élastique la fixent à l’avant de leur jupe ;

elle devient un pantalon.

Je pense à leurs jambes au soleil, gracieusement agiles sur des bicyclettes qui font des écarts.

Dans le pays où je vis, les vêtements qui montrent les jambes, les aisselles, la courbe des seins attirent la brutalité.

Pas la beauté d’une carte postale.

Il faut des voiles, des purdahs, des châles, des dupattas et des leggings pour cacher.

Les jupes courtes ne parlent pas de mode ou de types de corps, mais de liberté.

Un jour nous y arriverons : faire du vélo sur des chemins glissants qu’embrasse la pluie

où nous serons à la recherche de petites solutions

parce que nous aurons trouvé les grandes.

Nous séparerons la jupe en un pantalon

Ou peut-être même pas.

II

Les femmes de la vidéo répondent.

Elles se retournent avec leur magnifique sourire.

« Oui nous portons des jupes et nous montrons nos cuisses, » disent-elles.

« Mais la liberté est relative comme le temps, comme la pauvreté. »

« On ne nous tuera peut-être pas mais ne croyez jamais que rien d’autre ne nous arrive. »

« Connaissiez-vous la femme qui a marché 10 heures

Pour une expérience sociologique dans New York

Et a récolté 108 propositions indignes ? »

« Votre culture vous oblige à cacher plutôt qu’à montrer.

C’est ce que nous voulons.

Ainsi nous ne serons pas obligées d’être tout le temps sexy comme une poupée.

… pour prouver notre beauté, notre féminité.

Nos cuisses peuvent exister. Notre anatomie…

Nous. »

« Si nous nous enveloppons dans des mètres et des mètres de tissu comme dans votre pays

On nous considère comme rétrogrades et pas sexy.

III

Les femmes de la vidéo et moi, nous nous tournons vers vous :

Pourquoi le monde nous dirait-il ce qui est peu et ce qui est beaucoup ?

Comment nous devrions porter ce que nous portons dans cette bagarre d’étoffe, une étoffe de guerre ?

Cinq centimètres ou huit mètres, tête nue ou couverte,

Taille visible ou exposée ?

Pourquoi le monde nous dit-il quoi porter ? Tout le temps ?

Pourquoi est-ce notre question la plus silencieuse et la plus quotidienne :

quoi porter ?’

Et est-ce pour nous-mêmes ou pour quelqu’un d’autre que nous posons la question ?

Traduction Cécile Oumhani

Auteur

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