Trait-d'Union Magazine

Écrire hors des frontières de la pensée 

Onfwan Fouad et le Middle East and North Africa Surrealist Group

Onfwan Fouad est une poétesse, traductrice, conteur et artiste visuelle, originaire de la région d’Aurès, dans l’est de l’Algérie. Elle a été avocate pendant sept ans et a enseigné à l’université pendant des années. Son premier recueil de poésie (Godot mange ses doigts) a été publié au Caire en 2017, et elle a également publié des livres en format électronique. Plusieurs de ses textes ont parus dans des anthologies et des ouvrages collectifs, et certains ont même été traduits en français, anglais, espagnol, kurde, amazigh, italien, allemand et roumain. L’écrivaine a participé à de nombreux entretiens radiophoniques et elle a aussi été invitée à de nombreux séminaires et activités de poésie. Ainsi, le 11 septembre 2020, en Hollande, elle a représenté l’Algérie avec un recueil de haïkus qui a été par la suite traduit en néerlandais. Elle est membre du MENA (Middle East and North Africa Surrealist Group) : un collectif qui s’est formé à la fin de l’année 2019 au Caire, suite à la rencontre de Ghadah Kamal et Mohsen Elbelasy, couple de collagistes et poètes, avec le poète Yasser Abdelkawy. Les trois surréalistes ont projeté la publication d’une revue, puis d’autres créateurs les ont rejoints : Fairouz Al Taweela (Égypte), Kamal Rabea (Égypte), Nehal Kamal (Égypte), Tahani Jalloul (Syrie), Michael Al-Raee (Irak), Nawal Sherif (Maroc), Fakhry Ratrout (Palestine) et Onfwan Fouad. Le MENA a publié deux numéros de The Room, une revue pour laquelle Fouad est responsable du service traduction. Participant aux deux numéros, elle a publié un texte de réflexion, des poèmes et un collage numérique.

Pour Fouad, l’activité poétique, qui a pour but la connaissance de soi, consiste à « [é]crire hors des frontières de la pensée (« Writing unveils the virginity of our insides (…) »). Elle explique sa méthode créatrice dans sa partie de l’introduction collective au premier numéro de The Room : « Et vous devez écrire spontanément en mettant clairement l’accent sur le projet surréaliste qui expose la putréfaction et révèle le mensonge social accumulé par les visages, les identités, les origines, les racines ethniques et la religion. » Dans « The Last Kiss », le thème de l’inspiration spontanée est représenté par le motif du poème dans le poème, lequel se présente comme une impérative dictée automatique :

« Sortez un stylo et écrivez ce qui suit :

Ce n’était pas la faute de la corne du taureau blanc

Ce n’était pas la faute de l’amour

Ce n’était pas une faute de chute

Ce n’était pas la faute d’une absence

La question n’était pas fausse… »

Dans le long poème « Eucalyptus Leaves », les associations d’idées incongrues se créent autour de la gestion de la crise sanitaire actuelle par le gouvernement du Nicaragua, où réside actuellement son ami le poète Fakhry Ratrout. Dans ce texte, l’eucalyptus est vendu illégalement, à la fois comme un stupéfiant et un remède contre le coronavirus, par l’ami de la poétesse, que celle-ci qualifie de « seigneur surréaliste ».

L’humour noir, revendiqué par le MENA, est employé pour dénoncer des mensonges imputés à la vice-présidente Rosario Murillo, selon qui il n’y aurait « pas de / corona au « Nicaragua » ». L’eucalyptus répond à cette dernière qu’il y a  en fait des dizaines de morts mais, conclue Fouad sur une note sarcastique, « (la) femme du président est de gauche » …

La création collective occupe une place centrale dans le projet utopique esquissé par le MENA, de même que dans la résistance subversive au mensonge politique revendiquée par ses membres. Le dialogue déroutant – réel ou imaginaire ?- entre Onfwan Fouad et Fakhry Ratrout, dans le poème « Eucalptus leaves », rend compte de la portée émancipatrice de la réinvention surréaliste du langage :

« Je lui dis que je n’ai pas écrit depuis

longtemps

Riant en mâchant

des feuilles d’eucalyptus:

– Il faut penser comme une girafe

Pour pouvoir écrire ton

texte à venir »

La complicité émouvante entre deux poètes, que laisse deviner ce texte, démontre que le surréalisme est une aventure toujours bien vivante.

Auteur

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Historien d’art et écrivain, David Nadeau réside dans la ville de Québec depuis 2007, où il anime les éditions La Vertèbre et le Rossignol. Il s’intéresse particulièrement aux relations entre l’ésotérisme et la création artistique, dans une perspective nettement anarchiste. Il a publié notamment dans Chroniques d’histoire maçonnique (2016), Aparté (2019) et Inter, art actuel (2020). Le court récit en prose La cottura dell’uovo nero a été publié en 2017, aux Éditions Collage de ‘Pataphysique.

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