Trait-d'Union

Cela s’est passé un 10 décembre 1998 … Décès du grand chanteur Kamel Messaoudi.

Sa chanson « echemaâ » (le bougie), a bercé toute une génération au début les années 1990. Son décès prématuré à l’âge de 37 ans, endeuillera toute l’Algérie.

Originaire du village d’Aït Bouali (commune de Fréha, Tizi-Ouzou), il est né le 30 janvier 1961 à Bouzaréah, sur les hauteurs d’Alger. Il a grandi dans le quartier populeux de Gai Soleil, au sein d’une famille modeste, entassé dans un appartement exigu, niché au douzième étage.

Au départ, respectant la trilogie des démunis (s’en sortir par le sort, le spectacle ou le trabendo), il est attiré par le football. Son père s’y oppose et, à la suite de très bons résultats scolaires, préfère l’encourager à aller plus loin dans ses études.

Kamel suit le chemin du frère aîné qui s’adonnait à la musique et choisit la voie artistique.

Ses débuts, il les effectue en 1974, lorsque, membre de l’UNJA, il monte un groupe chaâbi. Sa voix posée et attendrissante le fera vite remarquer, d’abord par les gars du quartier, ses premiers admirateurs. A la tête d’une nouvelle formation, il anime en 1978, fêtes de mariage et de circoncision et son nom circule avec de plus en plus d’insistance. Il lui faudra toutefois attendre 1985 pour tenter un essai discographique qui ne sortira jamais, car le producteur décrétera la mort du chaâbi face à la déferlante raï. Commercialisé sous forme de cassettes en 1990, il n’obtient aucun succès. Deux enregistrements suivront, mais la reconnaissance tarde à venir. En 1991, coup de tonnerre dans un ciel endeuillé par la violence ambiante, une cassette émerge : « Echemaâ » (La bougie), récitée avec conviction sur le mode sika sbania (flamenco), est un succès dans lequel toute une jeunesse se reconnaît.

Subissant l’influence à la fois de cheikh El Hasnaoui et de Dahmane El Harrachi, Kamel Messaoudi commet « Ah ya Dzaïr », un vrai manifeste où le chaâbi renoue avec la réalité sans perdre de sa poésie. Très exigent envers lui-même, il choisit méticuleusement ses sujets. Il préfère des chansons à thèmes et des paroles de choc qui laissent des empreintes.

Appréciant aussi bien Ezzahi que George Michael ou Magda Roumi, il est conscient que c’est grâce aux jeunes de sa génération, tels Meskoud et Doumaz, que le renouveau du chaâbi devient possible.

Comme tout grand chanteur, Kamel Messaoudi s’est forgé son propre style en investissant le chant chaâbi, mais non pas en se lançant dans l’imitation aveugle d’un quelconque maître. Il a plutôt conféré sa propre touche à ses chants. En plus d’avoir modernisé, dans un certain sens, le chaâbi auquel il s’adonnait, Kamel Messaoudi a insufflé un cachet mélancolique à ses chansons dont il est le seul à détenir le secret. C’est peut-être cet aspect, ajouté à sa voix unique, qui ont été à l’origine de sa propulsion fulgurante dès la sortie de sa célèbre chanson « Echemâa », en 1991.

Certes, sa voix dégage une tristesse indicible et profonde, mais malgré cela, le regretté Kamel Messaoudi a réussi à gagner le coeur d’une infinité de fans, sachant apprécier ce qui est beau dans cet univers magique qu’est la chanson et la musique.

Le 10 décembre 1998, après avoir participé à une émission télévisée en direct, Kamel Messaoudi décède dans un accident de la circulation survenu à Alger.

Source :

« Dictionnaire encyclopédique de l’Algérie », par Achour Cheurfi. Editions ANEP, 2007.

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