Trait-d'Union Magazine

Brokk’Art à l’Institut français d’Alger : le design au service de l’art

Si vous ne connaissez pas encore son univers, courez vite vous rattraper car l’expo se termine le 15 janvier et cela vaut vraiment le coup d’oeil! Vous y découvrirez un univers hautement en couleur et en féérie, qu’a su broder ces dernières années Brokk’ Art avec abnégation, persévérance et optimisme. Le sourire toujours au coin des lèvres.

Généreuse comme le sont ses oeuvres qu’on ne finit pas de regarder, l’artiste Hania Zazoua alias princesse Zazou a invité le public a plonger dans son monde onirique et a pris même le soin de le convier à une soirée «talk» à batons rompus afin de lui donner les clés de lecture à même de lui permettre de mieux saisir les codes de son univers et s’en approprier avec vivacité et clairvoyance.

Ce tout placé sous le générique Co-errance/Cohérence, a fait défiler ses mots au gré des images projetées à l’écran et comme une vraie pro a su mener durant une heure son talk à la perfection. Une présentation de son travail, truffée d’anecdotes et de souvenirs intimes sur son passé professionnel, mais familial aussi d’où elle tire sa force. Il s’agit, notamment de sa grand-mère ou de sa fille qui sont souvent présentes dans ses oeuvres composées, faussement joyeuses malgré toutes les fleurs autour. Des oeuvres qu’elle nous invite à décrypter à notre tour avec malice comme l’on referait un puzzle. Et de reconstituer, à la fin, cette carte de géographie en plastique, brodée au gré des idées et des flâneries fantasmagoriques de l’artiste Hania…mais pas que!

Sven et princesse Zazou, le duo d’enfer

En effet, le visiteur de la salle d’exposition de l’IFA aura aussi compris qu’il existe deux parties distinctes. D’un côté, les oeuvres de princesse Zazou et de l’autre, de l’architecte designer Sven alias Nacim, le mari, dont elle s’est plue à démystifier enfin le personnage en révélant son identité, non sans humour et profonde réflexion aussi sur l’art et le marché de l’art et surtout les difficultés auxquelles elle a dû faire face en tant qu’entrepreneur culturel, pour financer ses oeuvres d’art, monter des projets, des expos, ateliers etc… Elle avouera, d’ailleurs, que Brokk’Art, son «arche de Noé» dit -elle en plaisantant, n’avait pas été créée pour elle, au départ, mais servait à promouvoir les artistes designers qu’elle admirait quandt elle était étudiante et qu’elle qualifiera de «génies» alors que beaucoup ont décidé de jeter l’éponge… Mais pas elle! L’on verra plus tard que c’est grâce à la vente des objets du quotidien, qu’elle-même crée, (chaise, sac, sacoche, pochette, dessus de table etc.) qu’elle parviendra à exposer «Sven»…. En somme? grâce à «M. et Mme Slibard», les deux avatars, de notre cher atypique couple, «qui ont vendu leur corps» que Brokk’Art, cette entreprise culturelle (Sarl, Ndlr) a pu continuer son combat pour l’amour du design, l’art et la culture. « C’est le design qui est devenu la béquille qui devait servir pour financer l’art» a telle souligné. Et d’expliquer un peu au public, les oeuvres de Sven, qui sont exposées à l’IFA en leur apportant une lecture basée sur le détournement et l’association d’idées en somme. Des oeuvres originales qui témoignent aussi bien de l’intelligence du trait de son auteur que de sa culture pour les BD et le monde de l’animé, jusqu’à des oeuvres qui peuvent paraître avoir été créées», aujourd’hui, tant leur contenu rappelle notre actualité…

La mécanique du marché de l’art

Aussi, avant d’arriver au présent, Hania Zazoua rappellera un peu son passé en tant que designer amoureuse du textile et, notamment du brocart, ses études au sein de l’école des beaux-arts d’Alger, puis à Aix-en-Provence et puis ses débuts dans le métier en Algérie et son ancienne agence de design pluridisciplinaire,, à savoir Bergson & Jung, qui a changé par deux fois d’adresse avant d,échouer à la rue Didouche-Mourad, sous le nom de Issue 98, faisant de ce lieu, un espace de vie et d’art, organisant ainsi des expos et des résidences avec des artistes de tous bords tout en y habitant entouré d’objets d’art
du quotidien…l’artiste définit, d’ailleurs, Brokk’Art comme un lieu de « créateurs d’objets oniriques….installé au 2ème étage à gauche, dans Issue98, un lieu d’art volontairement niché dans un appartement haussmannien dans l’idée de désacraliser la galerie et en faire un lieu de vie et de partage. On y croise des oeuvres d’artistes et de designers.» La réception quant à elle se fait sur rendez-vous. Evoquant cette « errance à plusieurs» Hania Zazoua estimera que c’est toujours dans «la cohérence d’être un témoin de notre temps». Elle relèvera, enfin, son intérêt pour l’échancre, le partage, le tissage et la mixité en embarquant avec elle tous les autres artistes d’où cet amour qu’elle a pour ce tissu qu’est le brocart qu’elle affectionne. Cette étoffe de soie rehaussée de dessins brochés d’or et d’argent, mais de cotonnade aussi et qui peut donner lieu à des expériences et des créations artistiques des plus insoupçonnables, comme le sont ces chemins de traverse qui, parfois donnent lieu à de nouvelles rencontres humaines et artistiques des plus inattendues.Le mystère de la vue en somme, avec son lot de sel et ses couleurs bigarrées! 

In L’Expression

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