Trait-d'Union Magazine

Aux portes de Cirta de Mohamed ABDELLAH : à l’aube de notre Histoire

Mohamed Abdallah, très jeune auteur, étudiant en mathématiques, intègre le cercle des écrivains avec une première publication Entre l’Algérie et la France il n’y a qu’une seule page suivie de Souvenez-vous de nos sœurs de la Soummam. Le troisième roman, édité aux Editions Casbah (2019), dans le contexte de l’effervescence contestataire du Hirak, ne manque pas de surprendre. Alors qu’un grand nombre de livres actuellement en librairie s’apparentent à des radioscopies de la société algérienne pâtissant de ses maux et tout autant porteuse d’espoir, Mohamed Abdallah se place hors de ce champ. Il remonte le temps pour camper dans la Numidie antique. Il apparait ainsi comme un ‘’OVNI’’, (expression d’une amie lectrice de son dernier roman) dans le paysage littéraire algérien du moment car l’opus en question relève de la quête archéologique. De fait, le projet littéraire s’annonce comme réécriture d’une page de l’histoire lointaine de l’Algérie, à laquelle il convient de redonner vie. A quelle fin ? Pourquoi ce retour vers une antériorité si lointaine ? Assouvir une curiosité qui se manifeste présentement ? Prévenir de l’oubli ? Acte mémoriel à visée pédagogique ? Nécessité de nourrir la connaissance de soi ? Il est certain que la fouille du passé est susceptible de renseigner sur les interrogations du présent et peut-être de les expliquer en partie.

Aux portes de Cirta (l’actuelle Constantine), se range dans la rubrique des romans historiques. Beaucoup parmi eux évoquent plutôt l’histoire récente des deux derniers siècles, rares sont ceux qui remontent à des millénaires. Ce roman est donc pour le moins une originalité au regard des mutations qui s’accélèrent. A ce jour, le savoir sur la lointaine Numidie, nous le devons, pour l’essentiel, aux rhéteurs romains, souvent des témoins directs ou même acteurs dans la vie politique et militaire des Massyles, de leur organisation sociale et mode de fonctionnement, comme en témoignent les traductions des premières relations, celles de Polybe, de Plutarque, de Tite-Live, parmi d’autres. On redécouvre leurs récits avec, par exemple, les travaux de Stéphane Gsell au tout début du XXème siècle. C’est vraisemblablement là la source de documentation de Mohamed Abdallah. Se situant sur la trace de ses prédécesseurs, il s’engage dans la réanimation d’un monde disparu, lui insuffler la vie par  l’interpellation de l’imagination car seule la fiction est susceptible de combler les béances et les failles que creuse le temps, et d’inscrire par là même la vision personnelle de l’auteur de ce que fut la Numidie et ses hommes.

Aux portes de Cirta, Casbah Éditions

Aux portes de Cirta, élaboré à partir d’une trame historique avérée, notamment celle référant aux guerres et conquêtes déployées sur le territoire cartographié d’une géographie absolument réelle, inscrit le projet de ressusciter, librement, un monde qui demeure un trou noir pour nombre de jeunes algériens. Dès lors, le portrait des personnages, certains aux noms réels, d’autres inventés, les propos qui leur sont conférés, les actions qu’ils entreprennent, les relations qu’ils entretiennent, sont de toute créativité. La narration sous couvert de réalisme historique emprunte les voies de la fiction, ce par quoi se révèle une vérité intime, celle qui habite l’écrivain. Alors, Mohamed Abdallah construit le personnage de Massinissa selon sa propre perception et au risque d’aller à contre- courant des portraits déjà dressés. Il le montre fin stratège militaire, guidé de son intelligence des hommes et des situations et par son unique ambition de rassembler sous son humaine autorité toutes les tribus de la Berbérie dont la liberté, il le sait, est corrélée à l’autonomie vivrière :

« Il nous arrive certes de montrer des éclats de bravoure au combat, mais ce ne peut-être une fin en soi. Il s’agit pour nous d’apporter paix et sécurité dans nos contrées. Seuls les cultivateurs peuvent jeter les fondements de ce que nous appelons tous de nos vœux, à savoir un royaume qui unirait tous les Numides, et peut-être les Maures, les Garamantes, les Gétules et les Lybiens. »

Toute la geste de Massinissa est une réponse à cette question inaugurale – existentielle-  qui taraude le jeune Zilalzan et qui demeure d’actualité au regard de l’Afrique contemporaine:

« Enfin, pourquoi ? Pourquoi sommes-nous toujours aussi divisés ? Pourquoi n’avons-nous pas réussi à bâtir un royaume stable où nous vivrions tous en harmonie, protégés des menaces extérieures et prompts à nous entraider ? »

Questionnement qui tient lieu de programme à réaliser par Massinissa. A cette fin, tout sera entrepris jusqu’à s’assurer de l’assentiment de Rome reconnaissante envers la main forte prêtée par Massinissa à Scipion lorsqu’il s’agissait de défaire Carthage. Au fil du temps et des triomphes remportés, c’est l’image d’un Massinissa, charismatique, doté d’une intelligence guerrière incontestée, adoubé par tous, qui s’impose et qui le fait entrer dans la légende des grands Aguellid, grandis aussi, surtout, par leur magnanimité.

Les autres personnages, ceux qui constituent son proche entourage et tout aussi bien les fidèles compagnons, concourent à la construction de l’aura de Massinissa qui, enfin, entre en triomphateur de Syfax dans Cirta et récusant toute vengeance. Il n’est que de se rapporter à la supplique de Sophonisbe, la reine carthaginoise, épouse de Syfax déchu, à l’adresse de Massinissa qui fut son premier amour, pour saisir la grandeur de ce dernier.

« Ô Aguellil, je me jette plus que je n’avance vers toi, car je sais que seul un Roi peut m’épargner le vil sort que me feraient tes alliés s’ils s’approchaient de ma personne. Je m’abandonne à tes mains car je sais qu’en éloignant de mes poignets les chaines de Rome, tu montreras une nouvelle fois que tu es le plus valeureux des hommes. – Relève toi donc et cesse de pleurer. Ne doute pas que je saurai, dans la victoire, me montrer aussi digne que je le fus dans les épreuves ».

Massinissa en fin tractateur a su contraindre les romains à la sagesse d’épargner Sophonisbe du sort funeste qu’elle redoutait ; le destin l’emporta au moment où la garantie de préservation de sa vie était acquise. Dans les multiples péripéties du roman, dans chaque circonstance guerrière, invariablement Massinissa montre son souci de triompher de l’adversaire corrélé à celui de la sauvegarde des richesses de la terre nourricière. La santé et le bien être des hommes du terroir est un impératif premier conjoint à l’idée maitresse de promouvoir la Numidie au stade de puissance commerciale avec son potentiel agricole en mesure de concurrencer celui des états méditerranéens périphériques. Dans le déroulé des faits d’armes menés sous la férule d’un Massinissa, maître d’une armée vaillante, les victoires se multiplient ; cependant sans enivrement aucun pour ce roi invincible dominé par la sagesse. Ainsi, au soir de sa vie, animé d’un sentiment d’équité, il réunit ses enfants- y compris Jugurtha, l’enfant adoptif- pour leur confier la gestion du pays dans le strict partage égalitaire des responsabilités.

L’empathie que le lecteur ressent pour cet Aguellid trouve un point de focalisation dans une analepse qui raconte l’accueil, dans la maison royale, du nourrisson orphelin Jugurtha, celui qui, par la suite, prendra avec conviction et détermination le relais de Massinissa disparu. L’Aguellid guerrier est inséparable du bâtisseur. La renommée de Cirta devenu cité cosmopolite, Babel linguistique, est son œuvre. Il en fit une Capitale des arts et des lettres :

« Massinissa récompensait généreusement les musiciens et les poètes, motivant ainsi les âmes créatrices. Le souverain avait également envoyé des émissaires à travers la Méditerranée, obtenant des manuscrits destinés à enrichir la bibliothèque royale. Ainsi espérait-il faire de Cirta un centre à partir duquel le savoir serait disséminé aux quatre coins de Numidie. Dans un harmonieux ballet, les littérateurs, les philosophes, les sculpteurs et les peintres s’y bousculaient, échangeaient, se disputaient ou se soutenaient, ne s’ignoraient jamais, confrontant leurs opinions et donnant chaque jour lieu à de nouvelles innovations. Chaque pas sur le chemin de la grandeur faisait écho aux mots et aux actes du Roi… »

Le plaisir, l’intérêt de lecture que procure  Aux portes de Cirta est à double dimension. D’une part le roman reposant à l’évidence sur une solide documentation offre la matière première de la narration où chemine le lecteur porté par l’ébranlement de l’imagination de l’écrivain. D’autre part, la rigueur attendue de l’historien-scripteur se trouve tempérée, modulée, tant elle se love dans une poéticité de souplesse du dire. Par ailleurs, le souci d’installer cette  historie-fiction dans le vraisemblable ne manque pas d’attiser la curiosité lorsque les noms des multiples tribus et peuplades s’affichent, que sont décrits leurs costumes et leurs armes. Renaissance d’un monde révolu qui, rapporté dans le présent, suscite quelque chose d’insolite :

« Le long du rivage Ouest du môle s’étaient alignés les Gétules. Ils portaient des simarres safran et des boucliers ronds avec des arêtes à umbo suspendus à leurs flancs. Des étuis à talisman argentés et des amulettes en cuir ornaient leurs poitrines. Des cimetières sculptés, des javelots et des poignards pendaient aux selles de leurs montures ».

Dans le télescopage des siècles, ce roman que nous propose Mohamed Abdallah, dans une Algérie attachée au credo des origines, nous le recevons comme un support pédagogique dans l’enseignement de l’histoire du pays. Dans la même perspective, il se prête aisément à une adaptation cinématographique. Un roman de facture classique nourri de musicalité prosodique qui s’entend dès l’ouverture de chacun des tableaux qui composent le récit. Entendons le son des mots et le rythme qu’ils impriment :

  • « Les pierres de notre terre bâtissent le toit du ciel »
  • « L’écume des lunes »
  • « Les sentiers lumineux »
  • « Et le soleil se leva sur les grandes plaines »
  • « Je saurai vivre et mourir en reine »
  • « Celui qui n’a pas de terre n’a pas de mer »
  • « Un règne plus grand qu’un rêve »

 La plume de Mohamed Abdallah se veut prometteuse dans une Afrique en devenir.

Par Afifa BERERHI

Professeur, Université d’Alger 2

Un texte paru dans le deuxième numéro de Trait-d’Union Magazine

Docteur en langue et littérature française, Maintenant retraitée, Afifa Bererhi a enseigné à l‘Université Benyoucef Benkhedda d’Alger dont elle a dirigé le département de français.
Fortement impliquée dans l’école -doctorale algéro-française, avec laquelle le laboratoire valenciennois CALHISTE est lié, ses travaux de recherche portent sur le rayonnement du français et de la francophonie.

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