Trait-d'Union

Les 3 D

Notre entrée en matière nous oblige d’abord et avant tout à convenir que nous vivons dans un monde en perpétuelle évolution. Un monde où la raison du plus fort est toujours la meilleure. Cette raison du plus fort s’explique par la capacité de toute nation d’axer son existence sur les fameux « 3 D » […]

Notre entrée en matière nous oblige d’abord et avant tout à convenir que nous vivons dans un monde en perpétuelle évolution. Un monde où la raison du plus fort est toujours la meilleure. Cette raison du plus fort s’explique par la capacité de toute nation d’axer son existence sur les fameux « 3 D » de façon à ce qu’elle puisse asseoir son statut de grande puissance mondiale ayant son mot à dire et le droit absolu de décider souverainement du devenir du monde entier. Les 3 D dont il est question ne sont autres que le développement, la diplomatie et la défense. Ce sont les trois volets dont dépend la survie des nations au cours de ce XXIe siècle.

Or, il n’est un secret pour personne que loin de la question liée aux rapports de force, les philosophes s’entendent à dire qu’une nation ne jouissant pas de patrimoine culturel digne de ce nom ne peut que s’apparenter à des groupes d’individus éparpillés sur un territoire donné et dont la vie intellectuelle se fonde sur des références peu fiables provenant souvent d’ailleurs. Cela dit, l’appartenance ethnique, l’identité culturelle et la mémoire collective d’un peuple ne s’affirment véritablement que lorsque tout un chacun se résigne à revenir à ses origines dans l’intention de s’abreuver de tout ce que ses aïeux ont pu léguer en termes d’us et coutumes, mais surtout de réflexions et de pratiques sociales. En vérité, la diversité culturelle caractérisant la majorité écrasante des sociétés du monde réside dans le fait que l’attachement aux valeurs nationales, quelles qu’elles soient, n’a jamais été un vain mot.

Par ailleurs, la construction d’une Algérie nouvelle commence impérativement par un retour authentique aux sources, car il est communément admis que ceux qui ne montent pas sur les épaules de leurs ancêtres ne verront pas un bon avenir. Dès lors, il est capital d’avoir d’ores et déjà la ferme intention de baser l’éducation de cette nouvelle génération sur ce qu’édictent l’ensemble des constantes de la nation algérienne tout en faisant montre de maturité et de sagesse pour être en mesure de tenir compte des exigences de l’époque actuelle et de celles de l’époque où cette génération aura à tenir les rênes de sa propre société, et ce, en guise de relève bien entendu. Cela se traduit par un mode d’éducation certes empreint de tout ce qui a trait aux origines de notre société et aux legs de nos vaillants ancêtres, mais convenablement adapté à tout ce qu’on vit de nos jours sans exception aucune. Cela donnera inéluctablement lieu à une action réciproque entre le style de vie et le comportement, de manière à ce que l’un tende à maintenir l’autre dans la ligne de son exigence propre. En d’autres termes, ce sera à la société d’exiger un certain comportement des individus et ces derniers auront à réagir par leur exigence d’un style de vie. Il s’agira, selon toute vraisemblance, d’une réciprocité autorégulatrice d’une vie sociale stable et prospère.

Les intellectuels se trouvent aujourd’hui face à un défi majeur qui les contraint à assumer une responsabilité des plus harassantes. Il s’agit de la préservation de l’intégrité du patrimoine culturel algérien avec toutes ses originalités qui renvoient à des étapes historiques vaillamment parcourues par nos aïeux. Ces intellectuels sont tenus de diriger, autant que possible, nos enfants droit vers la valorisation voire l’exploration de ces acquis en leur expliquant que cette démarche constitue un rempart contre ces guets-apens savamment ourdis par des fauteurs de trouble qui œuvrent inlassablement pour le déracinement de la jeune génération et la pulvérisation des tabous fondés sur le code moral algérien qui n’est plus à démontrer. Cette éducation accouchera inévitablement d’une culture qui se mettra à défendre le patrimoine dont elle se constitue en mettant bien évidemment entre le corps social et l’individu des mécanismes qui corrigeront constamment les écarts de conduite d’où qu’ils viennent.    

Pour venir à bout de cet horrible marasme culturel, il va falloir que les intellectuels algériens conjuguent leurs efforts pour rendre les chances de succès de leur initiative plus réelles. Ils peuvent, à titre d’exemple, exhorter les hautes autorités du pays à mettre en place un certain nombre d’organismes régionaux qui auront pour mission d’organiser systématiquement des rencontres à caractère culturel pour attirer l’attention des jeunes et moins jeunes sur l’importance de rester unis et attachés à la culture nationale. Et étant donné que la nature humaine a souvent tendance à puiser dans le passé pour mieux se reconnaître, il n’y a pas mieux que de ressusciter la quête de soi chez tout un chacun. Et contrairement à ce que certains peuvent croire, cela n’est point une chimère. Il suffit juste de se pencher sur l’histoire de la nation algérienne durant la première moitié du siècle passé où nos intellectuels de l’époque ; Abdelhamid Ibn Badis, Cheikh Larbi Tebessi, Mohammed Bachir El Ibrahimi, Mohammed Laïd Al-Khalifa et bien d’autres, ont pu s’opposer à un régime colonial soutenu par ses nombreux alliés dont la puissance dépassait l’entendement. Ces grands hommes ont fait de leurs plumes des armes fatales dans leur combat contre les exactions et les sévices commis en permanence à l’égard d’un peuple innocent. Grâce à leurs pensées réalistes, les Algériens commençaient à prendre conscience de l’horrible oppression qu’ils enduraient et de l’impitoyable joug colonial qui les privait de leurs droits les plus élémentaires. Ces actes de « bravoure intellectuelle » ont permis à nos ancêtres de se réunir autour d’une seule et unique cause et à ne jurer que par le recouvrement de l’indépendance et la souveraineté de l’Algérie.

À présent, la question qui se pose avec acuité, en cette période charnière de l’histoire de notre pays, n’est autre que la suivante : « N’y a-t-il pas une myriade d’enseignements à tirer de l’existence glorieuse de nos ancêtres » ? Nous ne disposons que de cette modeste plume et de cette admirable tribune pour dire, à qui veut l’entendre, que l’état actuel des choses est peu reluisant. Le malaise que vit la chose culturelle en Algérie est très profond et ses retombées sur la vie sociale ne sont que trop contraignantes. Il ne fait aucun doute que tous ceux, qui vont se servir de cette tribune pour donner leurs avis sur divers sujets en rapport avec ce que vit l’Algérie en ce moment, abonderont dans le même sens vu qu’ils sont conscients des enjeux culturels et intellectuels décisifs qui accompagneront le redressement de la situation socio-économique dans le pays. Nos contributeurs savent pertinemment qu’ils font désormais partie de la classe intellectuelle algérienne et que, de ce fait, il leur incombe de prendre part à l’effort collectif visant d’abord à combattre ces dogmatismes sociaux qui ont la peau dure pour qu’ensuite il y ait lieu à l’instauration d’un ordre social nouveau prônant une rectitude en matière de discipline, de pensée et surtout de conduite.

Il est grand temps d’éteindre les lampes mensongères masquant le jour qui vient et obscurcissant les silhouettes des hommes providentiels à chaque fois qu’ils tentent de changer le cours des choses. L’astre idéal est enfin là où il a toujours voulu être et poursuit, depuis un certain temps, son cours tout en étant stoïque et inflexible. Ainsi, il faut juste comprendre que la jeunesse a besoin qu’on lui injecte le sérum de la rage intellectuelle pour se mettre à penser et à tout remettre en question. Cette jeunesse finira certainement par fonder une société qui fabriquera d’abord ses idées directrices et qui passera ensuite à la fabrication de ses produits de consommation et ses biens d’équipement. Cette jeunesse saura être sur ses gardes du moment qu’elle sait que ce n’est pas avec des idées importées ou imposées à son esprit par des agents d’excitation extérieure qu’une société peut s’édifier.

Par Farouk AFOUNAS

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